Bible-tube.com La tragédie des siècles 11

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LES PRÉCURSEURS DU MATIN

Une des vérités les plus glorieuses et les plus solennelles du christianisme est celle qui annonce une seconde venue de Jésus-Christ pour achever la grande oeuvre de la rédemption. Pour les enfants de Dieu, pèlerins séculaires de « la vallée de l'ombre de la mort », la certitude que celui qui est « la résurrection et la vie » va revenir pour les emmener avec lui dans la « maison du Père », est une perspective ineffable. La doctrine du second avènement est la clé de voûte des Écritures. Dès le jour où nos premiers parents ont eu le malheur de se voir exilés de l'Éden, les vrais croyants ont eu les regards fixés sur Celui qui doit venir briser la puissance de l'ennemi et les réintroduire dans le paradis perdu.
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Les hommes pieux des siècles passés ont vu dans la venue du Messie en gloire la consommation de leurs espérances. Énoch, le septième homme depuis Adam, « qui marcha avec Dieu trois cents ans », put contempler de loin la venue du Libérateur. « Voici, dit-il, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d'impiété qu'ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu'ont proférées contre lui des pécheurs impies. » (
Jude 14, 15) Le patriarche Job, dans la nuit de son affliction, s'écrie en accents d'une foi inébranlable : « Mais je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'il se lèvera le dernier sur la terre... Quand je n'aurai plus de chair, je verrai Dieu... Mes yeux le verront et non ceux d'un autre. » (Job 19.25-27)

La venue du Seigneur pour instaurer le règne de la justice a inspiré les exclamations les plus enthousiastes des écrivains sacrés. Les poètes et les prophètes de la Bible en ont parlé en stances inspirées. Le psalmiste a chanté la puissance et la majesté du Roi d'Israël : « De Sion, beauté parfaite, Dieu resplendit. Il vient, notre Dieu, il ne reste pas en silence;... il crie vers les cieux en haut, et vers la terre, pour juger son peuple. » « Que les cieux se réjouissent, et que la terre soit dans l'allégresse... devant l'Éternel! Car il vient, car il vient pour juger la terre; il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa fidélité. » (
Psaumes 50.2-4; 96.11, 13)

Le prophète Ésaïe s'écrie : « Réveillez-vous et tressaillez de joie, habitants de la poussière; car ta rosée est une rosée vivifiante, et la terre redonnera le jour aux ombres.... Il anéantit la mort pour toujours; le Seigneur, l'Éternel, essuie les larmes de tous les visages, il fait disparaître de toute la terre l'opprobre de son peuple; car l'Éternel a parlé. En ce jour l'on dira : Voici, c'est notre Dieu, en qui nous avons confiance, et c'est lui qui nous sauve; c'est l'Éternel, en qui nous avons confiance; soyons dans l'allégresse, et réjouissons-nous de son salut! » (
Ésaïe 26.19; 25.8, 9)

Émerveillé, Habakuk assiste, dans une vision céleste, au retour de Jésus-Christ : « Dieu vient de Théman, le Saint vient de la montagne de Paran.... Sa majesté couvre les cieux, et sa gloire remplit la terre. C'est comme l'éclat de la lumière; des rayons partent de sa main; là réside sa force... Il s'arrête, et de l'oeil il mesure la terre; il regarde, et il fait trembler les nations; les montagnes éternelles se brisent, les collines antiques s'abaissent; les sentiers d'autrefois s'ouvrent devant lui... Tu es monté sur tes chevaux, sur ton char de victoire... À ton aspect, les montagnes tremblent;... l'abîme fait entendre sa voix, il lève ses mains en haut. Le soleil et la lune s'arrêtent dans leur demeure, à la lumière de tes flèches qui partent, à la clarté de ta lance qui brille... Tu sors pour délivrer ton peuple, pour délivrer ton oint. » (
Habakuk 3.3-13)
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Sur le point de quitter ses disciples, le Seigneur les console par l'assurance de Son retour : « Que votre coeur ne se trouble point... Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père... Je vais vous préparer une place. Et, lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi. » « Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. » (
Jean 14.1-3; Matthieu 25.31, 32)

Les anges restés sur la montagne des Oliviers après l'ascension du Sauveur réitèrent aux disciples la promesse de son retour : « Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel. » Et l'apôtre Paul, sous l'inspiration de l'Esprit, écrit aux Thessaloniciens : « Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel. » Le voyant de Patmos écrit : « Voici, il vient avec les nuées. Et tout oeil le verra. » (
Actes 1.11; 1 Thessaloniciens 4.16; Apocalypse 1.7)

C'est autour de cette venue que resplendit la gloire du « rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses saints prophètes «. À ce moment-la prendra fin le long règne du péché, « le royaume du monde sera remis à notre Seigneur et à son Christ; et il régnera aux siècles des siècles ». « Alors la gloire de l'Éternel sera révélée, et au même instant toute chair la verra. » « Ainsi le Seigneur, l'Éternel, fera germer le salut et la louange, en présence de toutes les nations. » « En ce jour, l'Éternel des armées sera une couronne éclatante et une parure magnifique pour le reste de son peuple. » (
Actes 3.21; Apocalypse 11.15; Ésaïe 40.5; 61.11; 28.5)

C'est alors que le règne messianique de la paix, règne si longtemps attendu, sera établi « sous tous les cieux ». « Ainsi l'Éternel a pitié de Sion, il a pitié de toutes ses ruines; il rendra son désert semblable à un Éden, et sa terre aride à un jardin de l'Éternel. » « La gloire du Liban lui sera donnée, la magnificence du Carmel et de Saron. » « On ne te nommera plus délaissée, on ne nommera plus ta terre désolation; mais on t'appellera mon plaisir en elle, et l'on appellera ta terre épouse... Comme un jeune homme s'unit à une vierge, ainsi tes fils s'uniront à toi; et comme la fiancée fait la joie de son fiancé, ainsi tu feras la joie de ton Dieu. » (
Ésaïe 51.3; 35.2; 62.4, 5)
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De tout temps, la venue du Seigneur a été l'espérance de ses disciples. Cette dernière promesse au Sauveur, faite du haut de la montagne des Oliviers : « Je reviendrai », a illuminé leur avenir et rempli leurs coeurs d'un bonheur que les tristesses et les épreuves n'ont pu ni éteindre ni atténuer. Au milieu des souffrances et des persécutions, cette perspective « de la gloire du grand Dieu et de notre Seigneur Jésus-Christ » est restée « la bienheureuse espérance » de l'Église fidèle. Quand les Thessaloniciens pleuraient la perte d'êtres chers qu'ils avaient espéré conserver jusqu'au retour du Seigneur, l'apôtre Paul les consolait en leur parlant de la résurrection qui accompagnera ce retour. Alors, ceux qui sont morts dans la foi au Sauveur se réveilleront et seront enlevés avec les vivants, dans les airs, pour aller à la rencontre du Seigneur; et « ainsi, ajoute-t-il, nous serons toujours avec le Seigneur. Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles. » (
1 Thessaloniciens 4.16-18)

Sur les rochers désolés de Patmos, le « disciple que Jésus aimait » entend cette promesse : « Je viens bientôt », et sa réponse ardente exprime la prière séculaire de l'Église : « Amen! Viens Seigneur Jésus! » (
Apocalypse 22.20)

Du fond des prisons, du haut des bûchers et des échafauds où les saints et les martyrs ont rendu témoignage à la vérité, nous parvient à travers les siècles ce même cri de foi et d'espérance. « Certains de la résurrection de Jésus et par conséquent de la leur, lors de sa venue, dit un de ces chrétiens, ils triomphaient de la mort. » Ils consentaient volontiers à descendre dans la tombe, puisqu'ils devaient en ressortir affranchis. Ils attendaient le retour du Seigneur dans les nuées, entouré de la gloire du Père, et venant inaugurer « les jours du royaume ». Les Vaudois se nourrissaient de la même foi. Wiclef considérait l'apparition du Rédempteur comme l'espérance de l'Église.
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Luther disait : « Je suis persuadé qu'il ne s'écoulera pas trois siècles avant le jour du jugement. Dieu ne supportera pas, ne pourra pas supporter ce monde impie plus longtemps.... Le grand jour approche où le règne des abominations prendra fin. »

« Ce vieux monde touche à sa fin », disait Mélanchthon. Calvin exhortait les chrétiens à ne pas hésiter de désirer avec ardeur le jour de la venue de Jésus-Christ comme l'événement, pour eux, le plus heureux ». Il ajoutait : « Que toute la famille des fidèles ait les yeux fixés sur ce jour... Il faut soupirer après le Christ, le rechercher, le contempler jusqu'à l'aube du grand jour où le Seigneur manifestera pleinement son royaume. »

« Notre Seigneur Jésus-Christ n'a-t-il pas transporté notre chair dans les cieux? » dit Knox, le réformateur de l'Écosse, « et ne reviendra-t-il pas? Nous savons qu'il reviendra, et qu'il ne tardera pas. » Ridley et Latimer, qui donnèrent leur vie pour la vérité, attendaient avec foi le retour du Seigneur, Ridley écrivait : « Je puis le dire sans le moindre doute : le monde tire à sa fin. Avec Jean, disons de tout notre coeur : 'Viens, Seigneur Jésus!' »

« La pensée du retour du Seigneur, disait Baxter, m'est des plus douces et des plus précieuses. » « C'est l'oeuvre de la foi et la caractéristique des saints d'aimer son apparition et d'attendre la réalisation de la bienheureuse espérance. » « La mort étant le dernier ennemi qui sera détruit à la résurrection, apprenons quelle doit être la ferveur de nos prières pour hâter la seconde venue du Seigneur qui nous apportera cette victoire définitive... C'est le jour sur lequel tous les croyants doivent compter, que tous doivent attendre, après lequel ils doivent tous soupirer; car il sera l'achèvement de leur rédemption, le couronnement des aspirations de leur âme... Seigneur, hâte cet heureux jour! » Telle était l'espérance de l'Église apostolique, celle de « l'Église du désert » et celle des réformateurs.

La prophétie ne nous dit pas seulement le mode et l'objet de la venue du Seigneur; elle nous donne les signes annonciateurs de sa proximité. « Il y aura, dit Jésus, des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. » « Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme venant sur les nuées avec une grande puissance et avec gloire. » Les premiers signes précurseurs du retour du Seigneur sont mentionnés comme suit par le voyant de Patmos : « Il y eut un grand tremblement de terre, le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune entière devint comme du sang. » (
Luc 21.25; Marc 13.24-26; Apocalypse 6.12)

Ces signes apparurent avant le commencement du dix-neuvième siècle. Conformément à cette prophétie, eut lieu, en 1755, le tremblement de terre le plus destructeur que l'histoire ait enregistré. Quoique connu sous le nom de « tremblement de terre de Lisbonne », il secoua une partie considérable de l'Europe, de l'Afrique et de l'Amérique. Il fut ressenti au Groenland, aux Antilles, à l'île Madère, en Norvège, en Suède, en Angleterre et en Irlande, soit sur une étendue de plus de six millions de kilomètres carrés. En Afrique, il fut presque aussi violent qu'en Europe. La ville d'Alger fut en grande partie détruite; au Maroc, un village de huit à dix mille habitants disparut. Un terrible raz-de-marée submergea les côtes d'Espagne et d'Afrique, envahit des villes et occasionna des dégâts énormes.

« C'est en Espagne et au Portugal que la secousse se fit sentir avec le plus de violence. On affirme qu'à Cadix le raz-de-marée atteignit dix-huit mètres de hauteur. Quelques-unes des plus hautes montagnes du Portugal furent violemment secouées; plusieurs s'ouvrirent par le sommet; des flammes en jaillirent et d'énormes blocs de rochers furent précipités dans les vallées voisines. » (Charles Lyell, Principles of Geology, p. 495.) À Lisbonne, « le tremblement de terre qui détruisit la ville fut précédé de sourds grondements souterrains. Puis on vit la mer se retirer, laissant ses rives à sec, pour revenir ensuite sur elle-même et s'élever à quelque quinze mètres au-dessus de son niveau ordinaire.... Au nombre des événements extraordinaires qui se produisirent à Lisbonne, on cite la disparition d'un quai tout en marbre, construit depuis peu et à grands frais. Une immense foule s'y était réfugiée, comme l'endroit le plus sûr pour échapper au danger des maisons croulantes. Mais tout à coup le quai s'effondra avec toute sa cargaison humaine; pas un cadavre ne revint à la surface.

» Ce tremblement de terre entraîna la chute de toutes les églises, de tous les couvents, de presque tous les édifices publics et de plus du quart des maisons. Deux heures environ après la secousse, un incendie éclata dans les différents quartiers de la ville et sévit avec tant de violence pendant environ trois jours que Lisbonne fut entièrement détruite. La catastrophe tomba sur un jour de fête, alors que les églises et les couvents étaient combles; peu de personnes échappèrent... La terreur était indescriptible. Personne ne pleurait; il n'y avait pas de larmes devant un tel désastre. En proie au délire, la population courait çà et là, hurlant, se frappant le visage et la poitrine en s'écriant : Misericordia! C'est la fin du monde! Des mères, oubliant leurs enfants, parcouraient les rues, chargées de crucifix. Malheureusement, beaucoup d'entre elles cherchèrent en vain asile dans les églises où était exposé le saint-sacrement, et embrassaient les autels : images, prêtres et gens du peuple furent enveloppés dans une commune ruine. » (Encyclopedia Americana, art. Lisbon, note.) On évalue à plus de quatre-vingt-dix mille le nombre des personnes qui perdirent la vie en ce jour néfaste.

Le signe mentionné ensuite dans la prophétie : l'obscurcissement du soleil et de la lune, parut vingt-cinq ans plus tard. Son accomplissement fut d'autant plus frappant que le moment de son apparition avait été clairement indiqué. Dans son entretien avec ses disciples sur la montagne des Oliviers, le Sauveur décrit la longue détresse des croyants : les mille deux cent soixante années de la persécution papale, persécution qu'il déclare devoir être abrégée. Puis il mentionne en ces termes certains événements qui devaient précéder sa venue, en précisant comme suit le temps de l'apparition du premier de ces signes : « Mais dans ces jours, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière. » (
Marc 13.24) Les mille deux cent soixante jours ou années prirent fin en 1798, les persécutions ayant presque entièrement cessé un quart de siècle plus tôt. Or, c'est après la persécution que, selon la prédiction de Jésus, le soleil devait s'obscurcir. Cette prophétie s'est accomplie le 19 mai 1780.

« À peu près unique parmi les phénomènes de ce genre est l'événement mystérieux, inexpliqué jusqu'à ce jour, connu sous le nom de jour obscur du 19 mai 1780, que fut l'obscurcissement de tout le ciel visible et de l'atmosphère de la Nouvelle Angleterre. » (R. H. Devens, Our First Century, p. 89.)

Un témoin oculaire, qui se trouvait au Massachusetts, le décrit comme suit :

« Radieux à son lever, le soleil ne tarda pas à perdre son éclat. D'épais nuages s'accumulèrent, bientôt sillonnés par des éclairs; le tonnerre gronda et la pluie tomba. Vers les neuf heures, les nuages, moins opaques, prirent une teinte cuivrée ou bronzée qui se refléta sur la terre, sur les rochers, les arbres, les maisons, l'eau et les personnes. Quelques minutes plus tard, le ciel entier s'étant couvert d'un épais nuage noir, qui ne laissa qu'une légère frange à l'horizon, l'obscurité devint aussi grande qu'elle l'est en général à neuf heures du soir par une nuit d'été....

» La crainte, l'angoisse, la terreur s'emparèrent graduellement de tous les esprits. Sur le seuil de leur porte, les femmes considéraient le lugubre paysage; les laboureurs revenaient des champs; les charpentiers laissaient là leurs outils, les maréchaux quittaient leur forge et les marchands leur comptoir. Les écoliers, congédiés, regagnaient leur demeure en tremblant. Les voyageurs allaient demander asile à la première ferme se trouvant sur leur chemin. Que va-t-il arriver? Cette question était sur toutes les lèvres et dans tous les coeurs. Il semblait qu'une furieuse tempête allait éclater ou que le jour de la consommation de toutes choses était arrivé.

» On alluma les chandelles, et les âtres brillaient d'un aussi vif éclat que par une nuit d'automne, sans lune... Les hôtes de la basse-cour se retirèrent sur leurs perchoirs et s'endormirent; le bétail, mugissant, se réunit à la sortie des pâturages; les grenouilles se mirent à coasser; les oiseaux firent entendre leur chant du soir et les chauve-souris s'adonnèrent à leur ronde nocturne. Mais les hommes savaient que ce n'était pas la nuit...

« Le docteur Nathanael Whittaker, pasteur de l'église du Tabernacle, à Salem, y présida des services religieux; au cours d'un sermon, il soutint que ces ténèbres étaient surnaturelles. Des congrégations se réunirent en maints endroits... Partout les prédicateurs choisirent des textes bibliques paraissant indiquer un accomplissement prophétique. » (The Essex Antiquarian, Salem, Mass., Avril 1899, vol. III, number 4, p. 53, 54.) C'est un peu après onze heures que les ténèbres furent le plus denses. « Dans presque toute l'étendue du pays, l'obscurité fut telle pendant la journée qu'il ne fut pas possible sans bougies de voir l'heure à sa montre, ni de manger ou de vaquer à ses devoirs domestiques...

» Ces ténèbres s'étendirent très loin. On les observa jusqu'à Falmouth, à l'est, et jusqu'à l'extrémité du Connecticut, à l'ouest; au sud, jusque sur les côtes de la mer, et au nord, aussi loin que s'étendaient les colonies américaines. » (Dr Wm Gordon, Hist. of the Rise,Progress, and Estab. of the Indep. of the U.S.A., p. 57.)

Aux ténèbres intenses de ce jour succéda, une heure ou deux avant le coucher du soleil, un ciel partiellement clair, et le soleil brilla au travers d'un épais brouillard. « Après le coucher du soleil, le ciel se couvrit de nouveau, et les ténèbres devinrent rapidement très denses.... Les ténèbres de cette nuit ne furent pas moins extraordinaires et terrifiantes que celles de la journée. Bien que la lune fût presque dans son plein, on ne pouvait rien distinguer sans la lumière artificielle qui, vue de près ou de loin, semblait barbouillée de ténèbres à peu près opaques. » (Thomas, Massachusetts Spy; or American Oracle of Liberty, vol. X, number 472, 25 mai 1780.)

Un témoin oculaire écrivait : « Je ne pouvais m'empêcher de me dire alors que si tous les corps lumineux de l'univers avaient été enveloppés d'impénétrables ténèbres, ou s'ils avaient été supprimés, l'obscurité n'eût pas pu être plus complète. » (Mass. Hist. collections, 1792, vol. I, p. 97. Lettre du Dr Samuel Tenney, d'Exeter, N. H., déc. 1785.) Bien que la lune se fut levée vers les neuf heures, elle n'eut aucun effet sur cette lugubre nuit. Après minuit, l'obscurité se dissipa, et la lune, au moment où elle parut, avait la couleur du sang.

Le « Jour obscur » du 16 mai 1780 est entré dans l'histoire. Depuis les plaies d'Égypte, l'humanité n'a pas enregistré un obscurcissement aussi étendu, aussi dense et aussi prolongé. La description de cet événement, faite par des témoins oculaires, n'est qu'un écho de la Parole de Dieu transmise par le moyen du prophète Joël, vingt-cinq siècles à l'avance : « Le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang, avant l'arrivée du jour de l'Éternel, de ce jour grand et terrible. » (
Joël 2.31)

Jésus avait exhorté ses disciples à surveiller les signes de son retour et à se réjouir à la vue des gages de sa prochaine venue. « Quand ces choses commenceront à arriver, leur avait-il dit, redressez-vous et levez vos têtes, parce que votre délivrance approche. » Appelant leur attention sur les arbres qui bourgeonnent au printemps, il ajouta : « Dès qu'ils ont poussé, vous connaissez de vous-mêmes, en regardant, que déjà l'été est proche. De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume de Dieu est proche. » (
Luc 21.28, 30, 31)

Hélas! dans la mesure où l'humilité et la piété avaient fait place, dans l'Église, à l'orgueil et au formalisme, l'amour pour le Sauveur et la foi en son retour s'étaient refroidis. Absorbés par la mondanité et la recherche du plaisir, ceux qui professaient être le peuple de Dieu étaient devenus aveugles aux signes des temps. La doctrine de la seconde venue du Seigneur avait été négligée; les textes de l'Écriture s'y rapportant avaient été obscurcis par de fausses interprétations. Tel était tout spécialement le cas des Églises d'Amérique. La liberté et le confort dont jouissaient toutes les classes de la société, la soif de richesses et de luxe, la hantise de la popularité et de l'influence, qui semblaient à la portée de tous, avaient poussé les gens à concentrer leurs intérêts et leurs espérances sur les choses de cette vie, et à reléguer dans un lointain avenir le jour solennel où le monde actuel disparaîtra.

En attirant l'attention de Ses disciples sur les signes de Son retour, le Sauveur leur avait annoncé une apostasie générale devant précéder immédiatement ce grand événement. Comme dans les jours de Noé, on constatera la fièvre des affaires et la recherche des plaisirs; on vendra, on achètera; on plantera, on se mariera et on donnera en mariage, sans penser à Dieu et à la vie à venir. L'exhortation du Sauveur à ceux qui vivent en ce temps est celle-ci : « Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos coeurs ne s'appesantissent par les excès du manger et du boire, et par les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l'improviste. » « Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d'échapper à toutes ces choses qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l'homme. » (
Luc 21.34, 36)

Dans l'Apocalypse, le Sauveur indique en ces termes l'état de l'Église des derniers temps : « Tu passes pour être vivant, et tu es mort. » À ceux qui ne veulent pas sortir de leur indifférence, cet avertissement est donné : « Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur, et tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi. » (
Apocalypse 3.1,3)

Les hommes devaient non seulement être prévenus du danger qu'ils couraient, mais réveillés et exhortés à se préparer en vue des événements solennels devant survenir à la fin du temps de grâce. Les prophètes l'avaient dit : « Le jour de l'Éternel est grand, il est terrible : Qui pourra le soutenir? Qui pourra subsister devant Celui dont les « yeux sont trop purs pour voir le mal », et qui « ne peut pas regarder l'iniquité »? Pour ceux qui, tout en disant :
 
« Mon Dieu, nous te connaissons », « violent son alliance », « courent après les dieux étrangers », cachent leurs transgressions et aiment les sentiers de l'iniquité, le jour du Seigneur sera un jour de « ténèbres, et non de lumière » (Joël 2.11; Habakuk 1.13; Osée 8.2, 1; Psaume 16.4; Amos 5.20), d'obscurité, et non de clarté. « En ce temps-là, dit l'Éternel, je fouillerai Jérusalem avec des lampes, et je châtierai les hommes qui reposent sur leurs lies, et qui disent dans leur coeur : L'Éternel ne fait ni bien ni mal. » « Je punirai le monde pour sa malice, et les méchants pour leurs iniquités; je ferai cesser l'orgueil des hautains, et j'abattrai l'arrogance des tyrans. » « Ni leur argent ni leur or ne pourront les délivrer. » « Leurs biens seront au pillage, et leurs maisons seront dévastées. » (Sophonie 1.12, 18, 13; Ésaïe 13.9)

Contemplant de loin ce temps redoutable, le prophète Jérémie s'écrie : « Je souffre au-dedans de mon coeur.... Je ne puis me taire; car tu entends, mon âme, le son de la trompette, le cri de guerre. On annonce ruine sur ruine, car tout le pays est ravagé. » (
Jérémie 4.19, 20)

« Ce jour est un jour de fureur, un jour de détresse et d'angoisse, un jour de ravage et de destruction, un jour de ténèbres et d'obscurité, un jour de nuées et de brouillards, un jour où retentiront la trompette et les cris de guerre contre les villes fortes et les tours élevées. » « Voici, le jour de l'Éternel arrive, jour cruel; jour de colère et d'ardente fureur, qui réduira la terre en solitude, et en exterminera les pécheurs. » (
Sophonie 1.15, 16; Ésaïe 13.9)

En vue de ce jour, redoutable entre tous, Dieu, par Sa Parole, adjure Son peuple dans les termes les plus émouvants à sortir de sa léthargie spirituelle et à rechercher Sa face par la prière et l'humiliation : « Sonnez du cor en Sion, poussez des cris sur la montagne de ma sainteté! Qu'ils tremblent, tous les habitants de la terre, car le jour de l'Éternel vient! oui, il est proche! » « Publiez un jeûne, une convocation solennelle! Assemblez le peuple, formez une sainte réunion! Assemblez les vieillards, assemblez les enfants, même les nourrissons à la mamelle! Que l'époux sorte de sa demeure, et l'épouse de sa chambre! Qu'entre le portique et l'autel pleurent les sacrificateurs, serviteurs de l'Éternel. » « Revenez à moi de tout votre coeur, avec des jeûnes, avec des pleurs et des lamentations! Déchirez vos coeurs et non vos vêtements, et revenez à l'Éternel votre Dieu; car il est compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté. » (
Joël 2.1, vers. de Lausanne, 15-17, 12, 13)

Une grande réforme devait se produire pour préparer un peuple digne de subsister au jour de Dieu. Voyant que plusieurs de ceux qui prétendaient être ses enfants n'édifiaient pas en vue de l'éternité, Dieu, dans Sa miséricorde, allait leur adresser un message d'avertissement pour les arracher à leur torpeur et les amener à se préparer pour la venue du Seigneur.

Cet avertissement se lit dans le
quatorzième chapitre de l'Apocalypse, où est relatée la proclamation, par trois anges descendus du ciel, d'un triple message immédiatement suivi de la venue du Fils de l'homme pour moissonner la terre. Le premier de ces avertissements annonce au monde l'approche du jugement. Le prophète contemple un ange « qui vole par le milieu du ciel, ayant un Évangile éternel, pour l'annoncer aux habitants de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple. Il dit d'une voix forte : Craignez Dieu, et donnez-lui gloire, car l'heure de son jugement est venue; et adorez celui qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et les sources d'eaux. » (Apocalypse 14.6, 7)

Ce message, est-il dit, fait partie de l'« Évangile éternel ». Or, la proclamation de l'Évangile n'a pas été confiée aux anges, mais aux hommes. Les trois anges sont chargés de la direction de cette oeuvre destinée à assurer le salut de la race humaine; mais la prédication de l'Évangile proprement dite est faite par les serviteurs de Dieu vivant sur la terre.

Cet avertissement fut effectivement donné au monde par des hommes fidèles, attentifs aux directions du Saint-Esprit et à l'enseignement des Écritures, des hommes respectueux de la « parole prophétique » « plus certaine », comparée par l'apôtre Pierre à « une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'a ce que le jour vienne à paraître et que l'étoile du matin se lève dans vos coeurs ». Ils en avaient recherché la connaissance comme un trésor plus précieux que l'argent et l'or. (
2 Pierre 1.19; voir Proverbes 3.14) C'est à ces hommes-là que le Seigneur révéla ce qui concerne son royaume. « L'amitié de l'Éternel est pour ceux qui le craignent, et son alliance leur donne instruction. » (Psaume 25.14)

Ce ne furent pas les savants théologiens qui reçurent cette vérité et qui la firent entendre au monde. S'ils avaient été des sentinelles fidèles, sondant les Écritures avec prière, ils eussent connu l'heure de la nuit; ils eussent appris, par les prophéties, les événements qui se préparaient. À cause de leur indifférence, le message fut confié à des hommes plus humbles. Jésus dit : « Marchez pendant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent point. » Ceux qui se détournent de la lumière que Dieu leur a donnée, ou qui ne la reçoivent pas pendant qu'elle est à leur portée, restent dans les ténèbres. En revanche le Sauveur dit : « Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » (
Jean 12.35; 8.12) Celui qui recherche sincèrement la volonté de Dieu et se conforme aux connaissances qu'il possède recevra des lumières plus grandes; quelque étoile d'un éclat céleste lui sera envoyée pour le conduire dans toute la vérité.

Au temps du Sauveur, les sacrificateurs et les scribes de la ville sainte, à qui avait été confié le dépôt des Oracles divins, auraient pu discerner les signes des temps et proclamer la venue du Messie promis. La prophétie de Michée indiquait le lieu de sa naissance, et Daniel en fixait la date. (
Michée 5.1; Daniel 9.25) Dieu ayant confié ces prophéties aux principaux d'entre les Juifs, ils étaient sans excuse d'ignorer la venue imminente du Messie et de ne point l'annoncer au peuple. Leur ignorance était la connaissance d'une négligence coupable. Les Juifs érigeaient des monuments aux prophètes martyrs, mais, par leur complaisance envers les grands de la terre, ils rendaient hommage aux serviteurs de Satan. Aborbés par le conflit de leurs ambitions terrestres, ils perdaient de vue les honneurs que le Roi des rois leur avait conférés.

Les anciens d'Israël auraient dû, avec un respectueux intérêt, s'enquérir du lieu, de la date et des circonstances entourant le plus grand événement de l'histoire : la venue du Fils de Dieu pour le salut de l'humanité. Le peuple entier aurait dû être en état d'alerte, afin d'être le premier à souhaiter la bienvenue au Rédempteur du monde. Mais que vit-on? À Bethléhem, deux voyageurs fatigués, en quête d'un abri pour la nuit, longent en vain toute la rue étroite de la ville jusqu'à son extrémité orientale. Aucune porte ne s'ouvrant pour les accueillir, ils trouvent enfin un refuge dans un misérable abri destiné au bétail, et c'est là que le Sauveur vient au monde.

Les anges -- qui avaient contemplé la gloire du Fils de Dieu auprès du Père avant que le monde fût -- attendaient avec émotion l'apparition sur la terre de l'événement qui devait être pour tout le peuple le sujet d'une joie immense. Une cohorte angélique fut envoyée pour en porter l'heureuse nouvelle à ceux qui étaient préparés à la recevoir et à la faire connaître aux habitants de la terre. Le Messie s'était abaissé jusqu'à revêtir la nature humaine pour donner son âme en sacrifice pour le péché au prix d'un poids infini de souffrances. Néanmoins, les anges désiraient qu'en son humiliation le Fils du Très-Haut fît son entrée au sein de la famille humaine avec la dignité et la gloire dues à son rang. Les grands de la terre ne se réuniront-ils pas dans la capitale d'Israël pour l'acclamer et les légions célestes ne le présenteront-elles pas à la foule qui l'attend?

L'un d'eux parcourt la terre pour voir si elle se prépare à accueillir le Sauveur. Mais il ne voit rien et n'entend aucun chant de triomphe annoncer que le temps du Messie est enfin arrivé. Il s'attarde sur la sainte Cité et s'arrête un instant au-dessus du temple où, durant des siècles, Dieu a manifesté Sa présence. Mais, là aussi, règne la même indifférence. Dans leur pompe orgueilleuse, les sacrificateurs offrent de vains sacrifices. Les pharisiens adressent au peuple des discours sonores, ou répètent au coin des rues de prétentieuses prières. Ni dans les palais des rois, ni dans les cénacles des philosophes, ni dans les écoles des rabbins, on ne se préoccupe de l'événement salué dans les parvis célestes par des symphonies d'allégresse.

Rien sur la terre ne trahit l'attente du Messie; nulle part on n'aperçoit de préparatifs pour recevoir le Prince de la vie. Stupéfait, le céleste messager est sur le point de remonter au ciel pour y porter la honteuse nouvelle, quand il découvre un groupe de bergers passant la nuit à veiller sur leurs troupeaux. Ceux-ci, en contemplant la voûte étoilée, s'entretiennent des prophéties messianiques et soupirent après la venue du Rédempteur du monde.
 
Évidemment, ces gens sont prêts à recevoir le message divin. Soudain, l'ange leur apparaît pour leur apporter la grande nouvelle. La plaine est inondée de la gloire céleste; puis une multitude étincelante frappe leurs regards et, pour exprimer dignement la joie du ciel entier, d'innombrables voix entonnent l'hymne que les élus de toutes les nations chanteront un jour : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée! » (Luc 2.14)

Une grave leçon, une verte censure, se dégage de cette merveilleuse histoire de Bethléhem à l'adresse de notre incrédulité et de notre orgueil! Quel avertissement de nous tenir sur nos gardes, de peur qu'une indifférence criminelle ne nous cache les signes des temps et le jour où nous sommes visités!

Ce ne fut pas seulement dans les montagnes de Juda, parmi d'humbles bergers, que les messagers célestes trouvèrent des âmes prêtes à accueillir la venue du Messie. Il y en eut aussi dans les pays païens. Des philosophes orientaux, hommes sages, nobles et riches, qui étudiaient la nature, avaient découvert Dieu dans ses oeuvres. Dans les écrits des Hébreux, ils avaient trouvé la prédiction de « l'astre [qui] sort de Jacob (
Nombres 24.17), et ils attendaient avec impatience la venue de celui qui devait être non seulement « la consolation d'Israël », mais aussi une « lumière pour éclairer les nations » et le salut de tous les peuples. (Luc 2.25, 32; Actes 13.47) Ils cherchaient la lumière, et la lumière céleste illumina leur sentier. Tandis que les sacrificateurs et les rabbins de Jérusalem, dépositaires et interprètes attitrés de la vérité, étaient plongés dans les ténèbres, le ciel envoyait une étoile pour guider ces étrangers vers le lieu de naissance du roi nouveau-né.

C'est également à « ceux qui l'attendent » que Jésus-Christ « apparaîtra sans péché, une seconde fois », « pour leur salut ». Le message du retour du Sauveur, de même que la nouvelle de Sa naissance, ne fut pas confié aux conducteurs religieux. Ces derniers, ayant rompu leur communion avec Dieu et refusé la lumière céleste, n'étaient pas de ceux dont Paul parle en ces termes : « Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur; vous êtes tous des enfants de la lumière et des enfants du jour. Nous ne sommes point de la nuit ni des ténèbres. » (
Hébreux 9.28; 1 Thessaloniciens 5.4, 5)

Les « sentinelles » postées « sur les murs de Sion » auraient dû être les premières à recevoir la nouvelle de la venue du Seigneur, à en proclamer l'imminence, à exhorter leurs auditeurs à s'y préparer. Mais, rêvant de paix et de sécurité, elles vivaient dans une douce quiétude, tandis que le peuple sommeillait dans ses péchés. Perçant les siècles du regard, Jésus avait vu son Église semblable au figuier stérile, couvert d'un feuillage prétentieux, mais dépourvu de fruits. On y observait ostensiblement les formes de la religion, tandis que la vraie humilité, la conversion et la foi, seules agréables à Dieu, faisaient défaut. Au lieu des grâces de l'Esprit, on y manifestait l'orgueil, le formalisme, la propre justice, l'égoïsme et l'oppression. Une Église refroidie fermait les yeux aux signes des temps. Dieu ne l'avait pas abandonnée, il n'avait pas manqué de fidélité envers elle, mais elle s'était elle-même soustraite à son amour. Ayant refusé de se soumettre aux conditions requises, elle n'avait point bénéficié des promesses de Dieu la concernant.

Telle est la conséquence inévitable de l'indifférence à l'égard des privilèges que Dieu accorde aux siens. Dès que l'Église cesse de marcher dans la lumière, dès qu'elle néglige d'en mettre à profit tous les rayons et d'accomplir tous les devoirs qu'elle impose, la religion dégénère en un formalisme exempt de piété vivante. Cette vérité s'est maintes fois confirmée dans l'histoire de l'Église. Dieu demande à son peuple des actes de foi et d'obéissance proportionnés aux bénédictions reçues. Or l'obéissance exige un sacrifice et implique une croix. Voilà la raison pour laquelle tant de gens qui se disaient disciples de Jésus-Christ refusèrent la lumière du ciel et, comme jadis les Juifs, ne connurent pas le temps où ils étaient visités. (
Luc 19.44) En raison de leur orgueil et de leur incrédulité, Dieu les abandonna pour révéler Sa vérité à ceux qui, semblables aux bergers de Bethléhem et aux mages d'Orient, avaient profité de toutes les lumières qu'ils avaient reçues.
 

UN RÉFORMATEUR AMÉRICAIN

Pour lancer la proclamation du retour de Jésus-Christ, Dieu choisit un simple cultivateur, au coeur droit et loyal, qui en était venu à douter de l'autorité des Écritures, mais qui désirait sincèrement connaître la vérité. Né à Low Hampton, dans l'État de New York, en 1782, William Miller, comme bien d'autres réformateurs, avait passé sa jeunesse à l'école de la pauvreté où il avait puisé des leçons d'énergie et de renoncement. Les traits caractéristiques de sa famille, fortement marqués chez lui, étaient l'amour de l'indépendance et de la liberté, l'endurance et un ardent patriotisme. Son père avait été capitaine dans l'armée de la Révolution, et c'est aux sacrifices et aux souffrances qu'il avait consentis au cours de cette période orageuse, qu'il faut attribuer la pauvreté de la jeunesse de William.

En plus d'une constitution robuste, le jeune Miller posséda dès son enfance une intelligence sensiblement au-dessus de la moyenne. Sa soif de connaissance, son amour de l'étude, son esprit investigateur et son jugement pondéré, qui allèrent sans cesse en augmentant, suppléèrent largement à son manque d'études universitaires. D'une moralité irréprochable, il était estimé pour sa probité, son industrie et sa générosité. À force d'énergie et d'application, tout en conservant ses habitudes studieuses, il acquit de bonne heure une certaine aisance. Et comme il avait occupé avec honneur divers postes civils et militaires, l'accès à la fortune et aux dignités paraissaient lui être promis.

De sa mère, profondément pieuse, il reçut dans son jeune âge une empreinte qui devait s'atténuer lorsqu'il entra, plus tard, en relation avec des déistes, pour la plupart respectables, humains et généreux. Ceux-ci, élevés dans des institutions chrétiennes, et redevables à la Parole de Dieu du respect et de la confiance dont ils jouissaient, en étaient cependant venus à combattre la Bible. En leur compagnie, Miller avait fini par adopter leurs opinions. L'interprétation populaire des saintes Écritures présentait des difficultés qui lui paraissaient insurmontables. D'autre part, ses nouvelles croyances, qui faisaient table rase de l'Évangile, ne lui offraient rien de meilleur et ne lui donnaient aucune assurance de bonheur au-delà de la tombe. Aussi était-il loin d'en être satisfait et l'avenir lui paraissait-il enveloppé de sombres nuages. Miller était resté douze ans dans ces sentiments, quand, arrivé à l'âge de trente-quatre ans, il fut convaincu de péché par le Saint-Esprit. Voici comment il raconta plus tard les luttes morales qu'il affronta alors :

« La perspective de l'anéantissement avait pour moi quelque chose de lugubre et de glacial, tandis que celle d'un jugement futur équivalait à la perdition certaine de tous les hommes. Le ciel était d'airain au-dessus de ma tête, la terre de fer sous mes pas. Qu'était-ce que l'éternité? Pourquoi la mort régnait-elle? Plus je raisonnais, plus je voyais s'éloigner les solutions. Plus je réfléchissais, plus mes idées étaient confuses. Je tentai de n'y plus penser, mais je n'en étais pas capable. Aussi étais-je vraiment malheureux, mais sans savoir pourquoi. Je murmurais, mais sans savoir contre qui. Je discernais le mal, mais je ne savais ni où ni comment trouver le bien. J'étais désolé et désespéré. »

Miller demeura quelques mois dans cet état. « Soudain, dit-il, la pensée d'un Sauveur se présenta vivement à mon esprit. Il me sembla comprendre qu'il existait un Être assez bon et compatissant pour faire lui-même l'expiation de nos transgressions et porter la peine de nos péchés. Je sentis aussitôt combien un tel Être serait aimable, et il me parut que je pourrais sans hésitation me jeter dans ses bras et me confier en sa miséricorde. Constatant d'ailleurs qu'en dehors des saintes Écritures je ne trouverais aucune preuve ni de l'existence de ce Sauveur, ni de la vie à venir, j'en commençai l'étude.

» Voyant que les Écritures nous révèlent exactement le Sauveur dont j'avais besoin, je me demandai, avec un certain embarras, comment un livre non inspiré pouvait présenter des principes si bien adaptés aux besoins de l'homme déchu, et je fus obligé d'admettre que la Bible devait être inspirée de Dieu. Ce livre devint mes délices et Jésus, mon unique et meilleur ami, mon Sauveur, celui 'qui se distingue entre dix mille' Les saintes Écritures, qui auparavant me paraissaient obscures et contradictoires, furent désormais 'une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier'. Je trouvai le repos. Le Seigneur m'apparut comme un rocher au milieu de l'océan de la vie. Désormais, la Bible constitua ma principale étude, et je m'y consacrai avec délices. Convaincu qu'on ne m'avait jamais fait contempler la moitié de sa beauté et de sa gloire, je me demandais avec étonnement comment j'avais pu la rejeter. J'y trouvai la satisfaction de toutes les aspirations de mon coeur et un remède à toutes les maladies de mon âme. Perdant le goût de toute autre lecture, je m'appliquai désormais à rechercher en Dieu la sagesse dont mon coeur avait besoin. » (S. Bliss, memoirs of william Miller, p. 65-67) Miller fit une profession publique de sa foi en une religion qu'il avait méprisée. Ses amis incrédules ne se firent pas faute de lui servir tous les arguments qu'il avait lui-même souvent avancés contre l'autorité des saintes Écritures. Ne se trouvant pas alors en état de les réfuter, il se dit que si ce Livre est une révélation divine, il doit s'expliquer lui-même et être adapté à l'intelligence de l'homme. En conséquence, il prit la résolution de l'étudier par lui-même et de s'assurer si ces contradictions étaient réelles ou seulement apparentes.

S'efforçant d'abandonner toute idée préconçue et se passant de commentaires, il se mit à comparer les textes entre eux à l'aide des références marginales et d'une « concordance ». Commençant par la Genèse, il poursuivit méthodiquement cette étude, verset après verset, ne quittant un passage qu'après en avoir clairement saisi le sens. Quand un point lui paraissait obscur, il le comparait avec tous les passages pouvant avoir quelque rapport avec le sujet, mais en laissant à chaque mot son sens propre. Dès que son interprétation concordait avec tous les autres passages, il considérait la difficulté comme résolue. C'est ainsi qu'en présence d'un texte difficile à comprendre, il en trouvait l'intelligence dans un autre. À mesure qu'il avançait dans son étude, en demandant à Dieu avec ferveur de lui accorder Sa lumière, il constatait la véracité de cette parole du psalmiste : « La révélation de tes paroles éclaire; elle donne de l'intelligence aux simples. » (
Psaumes 119.130)

L'intérêt de Miller s'accrut encore quand il aborda l'étude des livres de Daniel et de l'Apocalypse. En leur appliquant les mêmes principes d'interprétation qu'aux autres livres de l'Écriture, il ne tarda pas à découvrir, à sa grande joie, que les symboles prophétiques étaient intelligibles. Il vit que les prophéties s'accomplissaient littéralement et que toutes les figures, métaphores, paraboles et similitudes, si elles n'étaient pas expliquées dans le contexte, trouvaient ailleurs leur définition en termes propres. « Je pus me convaincre, remarque-t-il, que la Bible est un système de vérités si clairement révélées et si simplement exposées que l'homme craignant Dieu, fût-il un ignorant, ne peut s'y tromper. » (S.Bliss, ouv. cité, p. 70.) Alors qu'il suivait l'une après l'autre, à travers l'histoire, les grandes chaînes prophétiques, leurs accomplissements, se découvrant à ses yeux, venaient récompenser ses efforts. Les anges de Dieu dirigeaient son esprit et lui donnaient l'intelligence des Écritures.

En étudiant les prophéties dont l'accomplissement est encore futur, Miller ne tarda pas à être persuadé que l'idée populaire qui place avant la fin du monde un règne spirituel de Jésus-Christ connu sous le nom de « Millénium », n'est pas sanctionnée par l'Écriture. Cette doctrine d'une ère de mille ans de justice et de paix précédant le retour du Seigneur rejette naturellement bien loin dans l'avenir les terreurs du grand jour de Dieu. Mais, bien qu'elle soit séduisante, elle est en opposition avec les enseignements de Jésus-Christ et de ses apôtres, qui ont déclaré que le bon grain et l'ivraie doivent croître ensemble jusqu'à la moisson, c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde, que « les hommes méchants et imposteurs avanceront toujours plus dans le mal, égarant les autres et égarés eux-mêmes »; que, « dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles », et que le royaume des ténèbres durera jusqu'à l'avènement du Seigneur, pour être alors « consumé par le souffle de sa bouche et détruit par l'éclat de son avènement ». (
Matthieu 13.30, 38-41; 2 Timothée 3.13, 1; 2 Thessaloniciens 2.8)

L'Église apostolique n'a pas connu la doctrine de la conversion du monde et d'un règne spirituel du Christ avant son retour en gloire. Ce dogme n'a été adopté par les chrétiens que vers le commencement du XVIIIe siècle. Ses fruits, comme ceux de toutes les erreurs, ont été funestes. Reléguant le retour du Seigneur dans un avenir lointain, il a empêché beaucoup de croyants de prendre au sérieux les signes avant-coureurs de ce retour. Il tend à créer un sentiment de sécurité illusoire et conduit un grand nombre de gens à négliger la préparation exigée.

Miller vit que les Écritures enseignent formellement le retour personnel et visible de Jésus-Christ. Saint Paul écrit : « Le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel. » Et le Sauveur déclare que « les tribus de la terre... verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. » « Car, comme l'éclair part de l'orient et se montre jusqu'en occident, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme. » Il sera accompagné des armées célestes : « Le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges. » « Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus. » (
1 Thessaloniciens 4.16; Matthieu 24.30, 27, 31; 25.31)

Alors les justes décédés ressusciteront et les justes vivants seront changés. « Nous ne mourrons pas tous, dit l'apôtre, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'oeil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. » Dans son épître aux Thessaloniciens, après avoir décrit la venue du Seigneur, il ajoute : « Les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre, du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (
1 Corinthiens 15.51-53; 1 Thessaloniciens 4.16, 17)

Ce n'est qu'à la venue personnelle de Jésus que ses disciples recevront le royaume, comme le prouvent ces paroles du Sauveur : « Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. »

Dans les passages cités, Miller apprit qu'à la venue du Fils de l'homme, les morts ressusciteront incorruptibles, et que les vivants seront changés. En effet, comme le dit Paul : « La chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, ni la corruption hériter l'incorruptibilité. » (
Mathieu 25.31-34; 1 Corinthiens 15.50) Il s'ensuit que nous n'y pouvons entrer dans notre état actuel. Voilà pourquoi, à Sa venue, Jésus confère l'immortalité à Ses élus et les met en possession d'un royaume qu'ils n'ont eu, jusqu'alors, qu'en espérance.

Ces passages et d'autres encore convainquirent Miller que des événements généralement placés avant la venue du Sauveur, tels qu'un règne universel de paix et l'établissement du règne de Dieu sur la terre, sont postérieurs à cette venue. D'ailleurs, tous les signes des temps et l'état du monde correspondaient à la description prophétique des derniers jours. Il résultait donc de la seule étude des Écritures à laquelle se livrait Miller, que le temps assigné à notre terre dans son état actuel touchait à sa fin.

« Une autre preuve qui fut pour moi d'un grand poids, écrivait-il, c'est la chronologie des Écritures.... Je découvris que des événements prédits et accomplis se sont souvent produits dans un temps déterminé. Ainsi, les cent vingt ans du déluge (
Gen. 6.3); les sept jours qui devaient le précéder, de même que les quarante jours de pluie (Gen. 7.4); les quatre cents ans du séjour de la postérité d'Abraham en Égypte (Gen. 15.13); les trois jours de l'échanson et du panetier de Pharaon (Gen. 40.12-20); les sept années du songe de Pharaon (Gen. 41.28-54); les quarante années d'Israël au désert (Nom. 14.34); les trois années et demie de famine (1 Rois 17.1);... Les soixante-dix ans de captivité à Babylone (Jér. 25.11); les sept temps de Nébucadnetsar (Dan. 4.13-16) et les soixante-dix semaines accordées aux Juifs (Dan. 9.24-27). Tous les événements inclus dans ces diverses périodes se sont accomplis conformément à la prédiction. » (Bliss, ouv. cité, p. 74, 75.)

Aussi, lorsqu'en étudiant les Écritures Miller trouva des périodes dont il était convaincu qu'elles aboutissaient au retour du Seigneur, il ne put s'empêcher de les considérer comme marquant les « temps annoncés d'avance par la bouche de tous ses prophètes ». « Les choses cachées sont à l'Éterne1, notre Dieu; les choses révélées sont à nous et à nos enfants à perpétuité », avait dit Moïse. Et, par la plume d'Amos, le Seigneur déclare qu'il « ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes ». (
Actes 3.18; Deutéronome 29.29; Amos 3.7) Ceux qui étudient la Bible peuvent donc s'attendre à y trouver clairement signalé l'événement le plus important de l'histoire humaine.

« Pleinement convaincu comme je l'étais, écrit Miller, que toutes les Écritures inspirées de Dieu sont utiles; qu'elles ne sont pas le produit de la volonté de l'homme, mais que « c'est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu »; (
2 Thessaloniciens 3.16; 2 Pierre 1.21) que, d'autre part, elles ont été écrites « pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l'espérance », (Romains 15.4) je ne pouvais m'empêcher d'accorder aux nombres et aux périodes prophétiques de la Bible la même attention qu'aux autres portions des livres saints. » (Bliss, ouv. cité, p. 75.)

La prophétie qui lui parut révéler le plus nettement le temps de la venue du Seigneur était celle du prophète Daniel (
chapitre 8; verset 14) : « Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié. » Prenant, suivant sa règle, les Écritures comme leur propre interprète, Miller apprit que, dans la prophétie symbolique, un jour représente une année, (Nombres 14.34; Ézéchiel 4.6), et qu'ainsi la période des deux mille trois cents jours prophétiques s'étendait bien au-delà de la fin de la dispensation judaïque et ne pouvait s'appliquer au sanctuaire de cette dispensation. Adoptant l'idée généralement reçue que notre terre était le sanctuaire de la dispensation chrétienne, Miller en conclut que la purification du sanctuaire prédite par Daniel n'était autre que l'embrasement de notre globe à l'apparition du Seigneur. Ensuite, il réfléchit que s'il lui était possible de déterminer le point de départ de la période des deux mille trois cents jours, rien ne serait plus aisé que de trouver la date du retour du Seigneur. Ainsi serait révélée l'heure du grand dénouement, celle où la société actuelle, « avec son orgueil et sa puissance, sa pompe et sa vanité, sa méchanceté et son oppression, prendra fin », l'heure où la terre sera enfin affranchie « de la malédiction sous le poids de laquelle elle gémit; où la mort sera détruite; où les serviteurs de Dieu recevront leur récompense, aussi bien que les prophètes et les saints et ceux qui craignent le nom de Dieu, et où seront détruits ceux qui détruisent la terre. » (Bliss, ouv. cité, p. 76.)

Poursuivant l'étude de cette prophétie avec un redoublement de ferveur, y consacrant non seulement ses journées, mais encore des nuits entières, il constata d'abord que le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins ne se trouvait pas dans le huitième chapitre de Daniel. Bien que l'ange Gabriel eût reçu ordre d'expliquer la vision à Daniel, il ne s'était que partiellement acquitté de sa mission; devant le tableau des terribles persécutions qui attendaient l'Église, le prophète avait senti ses forces le trahir et n'avait pu en supporter davantage; l'ange l'avait donc quitté pour un temps. « Je fus plusieurs jours languissant et malade, raconte Daniel. J'étais étonné de la vision, et personne n'en eut connaissance. »

Cependant, l'ordre de Dieu à son messager subsistant : « Explique-lui la vision », l'ange, pour s'en acquitter, était retourné auprès de Daniel et l'avait abordé ainsi : « Je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence... Sois attentif à la parole, et comprends la vision! » (
Daniel 9.22-27 , vers. de l'abbé Crampon.) Et tout en reprenant son exposé, Gabriel avait spécialement insisté sur le point de la vision resté inexpliqué, soit la chronologie de la période des deux mille trois cents jours, en ces termes :

« Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte... Sache donc et comprends : Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu'à un oint, un chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines; elle sera rétablie, places et enceintes, dans la détresse des temps. Et après soixante-deux semaines, un oint sera retranché, et personne pour lui... Il [ce chef] fera une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine; et, au milieu de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l'oblation. » (
Daniel 9.22-27, vers. de l'abbé Crampon.)

L'ange avait été dépêché auprès de Daniel afin de lui faire comprendre la portion de la vision restée inintelligible au prophète : celle relative à la période prophétique (
chap. 8.14) : « Deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié. » Aussi, après avoir dit à Daniel : « Sois attentif à la parole, et comprends la vision », les premiers mots de l'ange furent : « Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta ville sainte. » Le verbe traduit ici par « déterminées » signifie littéralement « retranchées ». Or, soixante-dix semaines représentent quatre cent quatre-vingt-dix années. L'ange déclare donc que Cette période été « retranchée » et mise à part pour le peuple juif.

Mais « retranchée » de quoi? La période des deux mille trois cents soirs et matins étant seule mentionnée dans la vision, les soixante-dix semaines ne peuvent être « retranchées » que de celle-là; il s'ensuit que cette période de soixante-dix semaines fait partie des deux mille trois cents jours, et que les deux périodes ont le même point de départ. Or, l'ange annonce que « les soixante-dix semaines commenceront avec a la parole ordonnant de rétablir et de rebâtir Jérusalem ». Un seul point restait obscur. S'il était possible de déterminer la date de ce décret, se disait Miller, nous aurions donc trouvé le point de départ des deux mille trois cents soirs et matins.

Or, ce décret et cette date se lisent au
septième chapitre d'Esdras, versets 12 à 26. Le décret fut promulgué par Artaxerxès, roi de Perse, en 457 avant notre ère. On lit également dans le même livre (6.14) que la maison de l'Éternel se construisit « d'après l'ordre du Dieu d'Israël, et d'après l'ordre de Cyrus, de Darius, et d'Artaxerxès ». En rédigeant, en confirmant et en complétant le décret, ces trois rois l'amenèrent à la perfection, requise par la prophétie pour lui permettre de marquer le commencement des deux mille trois cents ans. En prenant l'année 457 comme date de la promulgation du décret en question, on constata que tout ce qui devait marquer les soixante-dix semaines s'était réalisé. Le texte disait :

« Depuis la sortie d'une parole ordonnant de rebâtir Jérusalem jusqu'à un Oint, un Chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines, soit soixante-neuf semaines prophétiques ou quatre cent quatre-vingt-trois ans. C'est en l'automne de l'année 457 que le décret d'Artaxerxès entra en vigueur. En ajoutant à cette date quatre cent quatre-vingt-trois ans, on arrive à l'automne de l'année 27 de notre ère, (Voir
Appendice a36) et diagramme des périodes prophétiques.) où la prophétie fut accomplie. C'est en effet en l'automne de cette année 27 que Jésus reçut le baptême des mains de Jean-Baptiste et fut oint du Saint-Esprit. L'apôtre Pierre y fait allusion en disant : « Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth. » ( Actes 10.38 ) Et Jésus de même : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. » Après son baptême, Jésus se rendit en Galilée, « prêchant l'Évangile de Dieu » et disant : « Le temps est accompli. » (Luc 4.18; Marc 1.14, 15; Mathieu 10.5, 6)

Le texte de Daniel continue : « Il fera une alliance ferme avec un grand nombre pendant une semaine. » La « semaine » ici mentionnée est la dernière des soixante-dix; elle constitue les sept dernières années de la période accordée aux Juifs. Pendant ce temps, soit de l'an 27 à l'an 34 de notre ère, Jésus, personnellement, puis par ses disciples, adressa tout spécialement aux Juifs l'invitation de prendre part au festin évangélique. Lorsqu'il envoya ses disciples porter l'Évangile, il leur donna cette recommandation : « N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël. » (
Luc 4.18; Marc 1.14, 15; Mathieu 10.5,6)

« Et au milieu de la semaine, dit encore la prophétie, il fera cesser le sacrifice et l'oblation. » En l'an 31, trois années et demie après son baptême, Jésus fut crucifié. La tragédie du Calvaire mettait fin au système des sacrifices qui, durant quatre mille ans, avaient attiré l'attention sur l'agneau de Dieu. Le type avait trouvé son antitype. À partir des ce moment, tous les sacrifices et toutes les oblations du système mosaïque devaient cesser.

Les soixante-dix semaines, ou quatre cent quatre-vingt-dix ans, assignées aux Juifs ayant expiré en l'an 34 de notre ère, on constata qu'à ce moment précis, par la décision du sanhédrin, par le martyre d'Étienne et la persécution des chrétiens, la nation juive avait officiellement rejeté l'Évangile. Dès lors, le message du salut cessa d'être confiné aux Israélites et fut porté aux nations. Chassés par la persécution, les disciples « allaient de lieu, en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la Parole ». Philippe, étant descendu en Samarie, « y prêcha le Christ ». Conduit par l'Esprit de Dieu, Pierre présenta l'Évangile au centenier de Césarée, le pieux Corneille; et l'ardent Paul, gagné à la foi chrétienne, fut appelé à porter la Bonne Nouvelle « au loin vers les nations ». (
Actes 8.4, 5; 22.21)

Ainsi, tous les détails de la prophétie s'étaient remarquablement accomplis, établissant d'une façon incontestable que les soixante-dix semaines commençaient en 457 avant J.-C., et aboutissaient en 34 de notre ère. Désormais il était facile de trouver la date de l'expiration des deux mille trois cents jours. Les quatre cent quatre-vingt-dix jours qui constituent les soixante-dix semaines étant retranchés des deux mille trois cents, il restait mille huit cent dix jours. Or, en les faisant partir de l'année 34, ces mille huit cent dix années aboutissaient en 1844. Il s'ensuivait que les deux mille trois cents jours (années) de
Daniel 8.14 se terminaient en 1844. Et, à l'expiration de cette grande période prophétique selon le témoignage de l'ange, « le sanctuaire devait être purifié ». Ainsi, l'année de la purification du sanctuaire -- que la plupart, des exégètes confondaient avec le retour du Seigneur -- était définitivement établie.

Miller et ses collaborateurs crurent d'abord que les deux mille trois cents jours se termineraient au printemps de l'année 1844, alors que, la prophétie indiquait l'automne de la même année. (Voir diagramme des périodes prophétiques, et
Appendice a37) L'erreur commise sur ce point jeta dans le désappointement et la perplexité ceux qui avaient compté sur le retour du Seigneur à la première date. Mais cela laissait intact l'argument établissant que les deux mille trois cents soirs et matins se terminaient en 1844, et que le grand événement représenté par la purification du sanctuaire devait avoir lieu en cette année là.

En entreprenant l'étude des Écritures pour établir qu'elles étaient une révélation divine, Miller ne pensait pas aboutir à de pareilles conclusions. Il eut même de la peine à croire au résultat de ses recherches. Mais le témoignage des Écritures était trop clair, trop évident pour être rejeté.

Il se consacrait à l'étude de la Bible depuis deux ans quand il arriva, en 1818, à la conclusion solennelle que, dans le délai de vingt-cinq ans, le Christ reviendrait pour la rédemption de son peuple. « Je ne saurais dire, écrivait-il plus tard, la joie infinie qui remplit mon coeur à cette pensée et à la perspective inimaginable et glorieuse de participer à la joie des rachetés. Les Écritures étaient désormais, pour moi, un livre nouveau, un vrai festin de l'esprit. Tout ce qui m'avait paru obscur, mystérieux ou imprécis dans ses enseignements s'était dissipé à la lumière émanant de ses pages sacrées. De quel éclat, de quelle gloire je voyais briller la vérité! Toutes les contradictions et les inconséquences que j'avais auparavant rencontrées dans la Parole s'étaient évanouies; et quoiqu'elle renfermât encore bien des choses dont je n'étais pas certain de posséder une juste intelligence, tant de lumière avait jailli de ses pages pour dissiper les ténèbres de mon entendement, que je trouvais dans l'étude de l'Écriture des délices insoupçonnées. » (Bliss, ouv. cité, p. 76, 77.) Il ajoutait :

« Sous la solennelle impression que les événements prédits par les Écritures devaient se produire dans un laps de temps aussi court, je me demandai, non sans effroi, quels devoirs envers le monde m'imposaient les lumières, qui subjuguaient ma pensée. « Miller ne put se défendre de la conviction que son devoir était d'en faire part à d'autres. Il s'attendait à rencontrer de l'opposition de la part des impies; mais il était certain que tous les chrétiens se réjouiraient à la pensée de contempler bientôt le Sauveur qu'ils professaient aimer. Il craignait seulement que la perspective de la délivrance prochaine ne parût trop glorieuse et que plusieurs chrétiens ne se donnassent pas la peine de sonder les Écritures pour y asseoir leur foi. Il hésita donc à en parler. De peur d'être dans l'erreur et d'y entraîner ses semblables, il jugea prudent de revoir les preuves sur lesquelles il avait étayé ses conclusions et de peser à nouveau toutes les objections qui pourraient se présenter à son esprit. À la lumière de la Parole de Dieu, il vit ces objections se dissiper comme la brume matinale devant les rayons du soleil. Cinq années d'études le laissèrent absolument convaincu de l'exactitude de ses conclusions.

Et de nouveau, le devoir de faire connaître à d'autres ce qui lui paraissait clairement enseigné par la Bible se présenta vivement devant lui.

« Quand je vaquais à mes occupations, écrit-il, j'entendais une voix me répéter sans cesse : 'Avertis le monde du danger qu'il court.' Ce passage me revenait constamment à la mémoire : 'Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. Mais si tu avertis le méchant pour le détourner de sa voie, et qu'il ne s'en détourne pas, il mourra dans son iniquité, et toi tu sauveras ton âme.' (
Ézéchiel 33.8, 9) Et je me disais que, si les méchants étaient sérieusement avertis, des foules d'entre eux se repentiraient; et que, s'ils n'étaient pas avertis, leur sang me serait redemandé. » ( Bliss, ouv. cité, p.92.)

Miller commença alors, selon que l'occasion lui en était offerte, à présenter ses vues en particulier, tout en demandant à Dieu d'en convaincre un pasteur qui pourrait consacrer sa vie à les diffuser. Mais il ne parvenait pas à se dérober à la conviction de son devoir personnel. Ces paroles étaient toujours présentes à son esprit : « Va en parler au monde; sinon je te redemanderai son sang. » Après avoir porté ce poids sur la conscience durant neuf ans, il se décida enfin, en 1831, à exprimer pour la première fois publiquement les raisons de sa foi.

De même qu'Élisée avait abandonné sa charrue pour revêtir le manteau du prophète, de même William Miller, appelé à quitter sa ferme, s'en alla, en tremblant, révéler au monde les mystères du royaume de Dieu. Il exposait à ses auditeurs, en détail, le lent accomplissement des chaînes prophétiques jusqu'à l'époque de l'avènement de Jésus-Christ. À chaque nouvelle tentative, ses forces et son courage augmentaient à la vue du vif intérêt suscité par ses paroles.

Ce n'avait été qu'à la sollicitation de ses frères, dont l'appel lui parut être la voix de Dieu, qu'il avait consenti à exposer publiquement ses convictions. Il avait alors cinquante ans. N'ayant jamais parlé en public, il se sentait comme écrasé par le sentiment de son incapacité. Mais, dès le début, son activité fut bénie et contribua au salut des âmes. Sa première conférence fut suivie d'un réveil au cours duquel treize familles, à l'exception de deux personnes, se convertirent. On lui demanda aussitôt de prendre la parole dans d'autres localités, et, presque partout où il portait ses pas, son travail était suivi d'un réveil spirituel. Des pécheurs se convertissaient; des chrétiens devenaient plus fervents; des déistes et des incrédules reconnaissaient la véracité des Écritures et de la religion chrétienne. On rendait de lui ce témoignage : « Il atteint une catégorie de personnes sur lesquelles d'autres, n'ont aucune prise. » (Bliss, ouv. cité, p. 138.) Ses prédications avaient pour effet d'attirer l'attention du public sur les choses de la religion et de réprimer la mondanité et la sensualité du siècle.

Dans chaque localité, ou à peu près, les convertis se comptaient par vingtaines, parfois par centaines. En bien des endroits, les églises protestantes de toutes tendances lui étaient grandes ouvertes et c'étaient généralement les pasteurs de ces églises qui l'invitaient. Sa règle invariable était de ne se rendre que là où il était invité. Néanmoins, il se trouva bientôt dans l'impossibilité de répondre ne fût-ce qu'à la moitié des appels qui lui étaient adressés.

Plusieurs de ceux qui n'acceptaient pas les théories de Miller touchant le temps exact du retour du Seigneur n'en avaient pas moins la conviction qu'il était proche et qu'il fallait s'y préparer. Dans quelques grandes villes, ses travaux firent une impression remarquable. Des cabaretiers abandonnèrent leur trafic et transformèrent leur débit en salle de réunions; des maisons de jeu fermèrent leurs portes; des incrédules, des déistes, des universalistes, des débauchés se réformèrent. Certains d'entre eux n'avaient pas mis les pieds dans un lieu de culte depuis des années. Dans quelques villes, les différentes églises organisèrent des réunions de prière dans tous les quartiers et presque à toute heure de la journée. Des hommes d'affaires se réunissaient à midi pour la prière et l'édification. Pas trace d'excitation, ni d'extravagance, mais partout un profond sérieux. L'oeuvre de Miller, comme celle des premiers réformateurs, tendait à éclairer les intelligences et à réveiller les consciences plutôt qu'à émouvoir.

En 1833, l'église baptiste, dont Miller était membre, lui donna une licence de prédicateur. En outre, un grand nombre de pasteurs de son Église approuvant ses travaux, c'est avec leur sanction explicite qu'il les poursuivit, tout en se bornant aux territoires de la Nouvelle-Angleterre et des États du centre. Pendant plusieurs années, il paya lui-même tous ses voyages et jamais, par la suite, ses frais de déplacement ne lui furent entièrement remboursés. Loin d'être lucrative, sa carrière publique greva lourdement ses ressources personnelles. Mais ses enfants étant sobres et industrieux, les revenus de sa ferme suffirent pour entretenir sa nombreuse famille et couvrir ses dépenses.

Le dernier des signes précurseurs du retour du Sauveur eut lieu en 1833, deux ans après que Miller eut commencé ses prédications. Jésus avait dit : « Les étoiles tomberont du ciel. » (
Matthieu 24.29) Et saint Jean, considérant les scènes annonciatrices du jour de Dieu, s'était écrié : « Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme lorsqu'un figuier secoué par un vent violent jette ses figues vertes. » (Apocalypse 6.13)

Cette prophétie fut accomplie d'une façon frappante par la pluie de météorites du 13 novembre 1833. C'est le plus merveilleux spectacle d'étoiles filantes dont l'histoire conserve le souvenir. « Dans toute l'étendue des États-Unis, le firmament semblait en mouvement. Aucun phénomène céleste ne s'est jamais produit dans ce pays, depuis son occupation par les Blancs, qui ait été contemplé avec autant d'admiration par une partie des habitants et avec autant de crainte et de frayeur par l'autre. La sublimité et la grandeur de cette scène vivent encore dans le souvenir de bien des personnes. Jamais la pluie ne tomba plus dru que ces météores. Il en était de même à l'orient, à l'occident, au nord et au midi. En un mot, le ciel entier semblait en mouvement.... Ce spectacle, tel que le professeur Silliman le décrit dans son journal, fut visible dans toute l'Amérique du Nord.... Depuis deux heures du matin jusqu'au grand jour, le firmament étant sans nuages, on put contempler dans toutes les parties du ciel une gerbe incessante de traînées lumineuses. » (R. M. Devens, Americain Progress or the Great Events of the Greatest Century, chap. 28, part. 1-5.)

« La plume est impuissante à décrire la splendeur de ce spectacle.... Celui qui ne l'a pas vu ne peut s'en faire la moindre idée. Il semblait que toutes les étoiles du ciel se fussent donné rendez-vous vers un point voisin du zénith, d'où elles s'élançaient avec la rapidité de l'éclair dans toutes les directions de l'horizon; et pourtant, la provision ne s'en épuisait point; à des milliers de météores en succédaient d'autres milliers, comme s'ils eussent été créés pour l'occasion. » (F. Read, dans le Christian Advocate and Journal, 13 dec. 1833.) « Impossible de mieux représenter ce phénomène que par l'image d'un figuier qui, sous l'action d'un vent puissant, jette au loin ses figues encore vertes. » (Portland evening Advertiser, 26 nov. 1833.)

Le journal of Commerce, de New York, du 14 novembre, consacrait à l'événement un long article dont nous extrayons ce qui suit : « Je ne crois pas que jamais philosophe, ni savant ait décrit ou enregistré un phénomène du genre de celui dont nous avons été témoins la nuit dernière et ce matin. Il y a dix-huit siècles, un prophète en avait donné une exacte prédiction, ce dont chacun peut se rendre compte s'il consent à admettre qu'une chute d'étoiles c'est une chute d'étoiles... dans le seul sens où la chose soit littéralement possible. »

Ainsi s'accomplit le dernier signe avant-coureur du retour du Seigneur, au sujet duquel Jésus avait dit à ses disciples : « Quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est proche, à la porte. » (
Matthieu 24.33) Après ces signes, l'exilé de Patmos vit le ciel se replier « comme un livre qu'on roule », tandis que la terre tremblait, que les montagnes et les îles étaient remuées de leur place, et que les méchants, terrifiés, s'enfuyaient devant le Fils de l'homme. " (Voir Apocalypse 6.12-17)

Un grand nombre de ceux qui assistèrent à cette chute d'étoiles la considérèrent comme un signe annonciateur du jugement à venir, comme « un symbole solennel, un précurseur certain, un signe miséricordieux du jour grand et redoutable ». L'attention des populations fut ainsi attirée sur l'accomplissement des prophéties, et beaucoup de personnes en vinrent à prêter l'oreille aux prédications relatives à la seconde venue du Seigneur.

En 1840, un autre accomplissement des prophéties provoqua le plus vif intérêt. Deux ans auparavant, Josiah Litch, l'un des principaux hérauts du retour du Christ, avait publié une explication du
neuvième chapitre de l'Apocalypse où est prédite la chute de l'empire ottoman. Selon ses calculs, cette puissance devait être renversée en août 1840. Quelques jours avant cette date, il écrivait encore : « En admettant que la première période, celle de cent cinquante ans, se soit accomplie exactement avant l'accession au trône de Dragasès muni de l'autorisation des Turcs, et que les trois cent quatre-vingt-onze ans et quinze jours aient commencé à la fin de cette première période, elle finirait le 11 août 1840, date à laquelle on peut s'attendre à la chute de l'empire ottoman à Constantinople. Or, je crois que ce Sera réellement le cas. » ( Josiah Litch, dans les Signs of the Tintes and Expositor of Prophecy, 1er août 1840. Le neuvième chapitre de l'Apocalypse donne à la cinquième trompette une durée de cinq mois ou 150 jours, et à la sixième, une durée de 391 jours et une demi-heure. Ces deux périodes -- selon la régie d'un jour pour un an -- représentent respectivement 150 ans et 391 ans et 15 jours.)

À l'époque spécifiée, la Turquie, par ses ambassadeurs, acceptait la protection des puissances européennes, et se plaçait ainsi sous la tutelle des nations chrétiennes. Cet événement accomplissait exactement la prédiction. (Voir
Appendice a38) Quand la chose fut connue, des foules furent convaincues de l'exactitude des principes d'interprétation adoptés par Miller et ses collaborateurs, ce qui donna au mouvement adventiste une impulsion merveilleuse. Des hommes instruits et influents s'unirent à Miller pour prêcher et publier ses convictions. Aussi, de 1840 à 1844, l'oeuvre fit-elle de rapides progrès.

Aux remarquables facultés intellectuelles de William Miller; facultés fortifiées par la méditation et l'étude, s'ajoutait la sagesse d'en haut, à laquelle il puisait constamment. Sa valeur morale ne pouvait, que s'imposer à l'estime et au respect de tous ceux qui savaient apprécier la probité de sa vie et l'excellence de son caractère. Unissant la bonté et l'humilité chrétienne à la douceur, il était prévenant et affable envers chacun, prêt à écouter les opinions adverses et à en peser les arguments. Sans vivacité ni impatience, il soumettait toutes les théories et toutes les doctrines à l'épreuve de la Parole de Dieu, et son raisonnement sain, joint à une connaissance approfondie des Écritures, le rendait capable de réfuter l'erreur et de démasquer la fraude.

Mais ce ne fut pas sans une violente opposition qu'il poursuivit sa tâche. Comme tous les, réformateurs religieux, il vit les vérités qu'il annonçait repoussées par les ministres populaires. Faute de pouvoir soutenir leurs positions par les Écritures, ils en appelaient aux doctrines des hommes et à la tradition des Pères. Alors que les prédicateurs du retour du Christ ne reconnaissaient comme seule autorité que « l'Écriture et l'Écriture seule », ils avaient recours au ridicule et à la moquerie, prodiguant leur temps, leur argent et leur énergie pour décrier des gens dont le seul crime était d'attendre avec joie le retour du Sauveur, de s'efforcer de vivre saintement et d'exhorter leur entourage à se préparer à la rencontre de leur Dieu.

De grands efforts étaient tentés pour détourner l'attention du public de la question de l'avènement du Seigneur. On faisait passer pour un péché, pour une action répréhensible le fait d'étudier les prophéties relatives à la fin du monde, ne craignant pas de saper ainsi la foi en la Parole de Dieu. L'enseignement des prédicateurs populaires faisait des incrédules, et beaucoup de gens en prenaient occasion pour marcher selon leurs convoitises charnelles, résultat que les auteurs du mal mettaient sur le compte des adventistes. (Du latin adventus, arrivée.)

Bien que Miller attirât des foules d'auditeurs intelligents et attentifs, son nom était rarement mentionné par la presse religieuse, sauf pour le tourner en dérision et mettre les lecteurs en garde contre lui. Enhardis par l'attitude des conducteurs religieux, les indifférents et les impies recouraient à des épithètes injurieuses et à de vulgaires quolibets pour attirer le mépris sur sa personne et sur son oeuvre. Ce vieillard à cheveux blancs, qui avait quitté une demeure confortable pour aller de ville en ville annoncer le fait solennel de la proximité du jugement, était dénoncé comme un fanatique, un menteur, un imposteur.

Le ridicule, le dédain et le mensonge, qu'on accumulait sur la tête de Miller provoquèrent parfois des protestations indignées de la part de la presse quotidienne. « Traiter avec légèreté et en termes irrévérencieux un sujet d'une telle majesté et aux conséquences incalculables », disaient des mondains, « ce n'est pas seulement bafouer les sentiments de ses propagateurs, c'est tourner en dérision le jour du jugement, se moquer de la Divinité elle-même et anéantir les terreurs de son tribunal. » (Bliss, ouv. cité, p. 183)

L'instigateur de tout mal ne s'efforçait pas seulement de neutraliser l'effet du message adventiste, mais de détruire le messager lui-même. Miller appliquait le tranchant de l'Écriture au coeur de ses auditeurs, censurant leurs péchés et troublant leur paix; ses paroles claires et pénétrantes provoquaient leur colère. Des gens sans aveu résolurent un jour de le tuer à la sortie d'une réunion. Mais, dans la foule, il y avait des anges; l'un d'eux, qui avait revêtu une forme humaine, prit le serviteur de Dieu par le bras, et l'emmena sain et sauf loin de la populace irritée. La tâche de Miller n'était pas achevée; Satan et ses émissaires furent désappointés.

En dépit de toute opposition, l'intérêt éveillé par le message du retour du Christ allait croissant. Les auditeurs ne se comptèrent plus par vingtaines ou par centaines, mais par milliers. Après les réunions, les églises avaient enregistré un grand nombre de nouveaux membres; mais ces néophytes ne tardèrent pas à être eux-mêmes en butte à l'opposition. Les églises commencèrent à prendre à leur égard des mesures disciplinaires. Miller adressa alors une lettre ouverte aux chrétiens de toutes les confessions, les mettant en demeure, si ses enseignements étaient erronés, de le lui prouver par les Écritures.

« Que croyons-nous, disait-il, que nous n'ayons pas tiré directement de la Parole de Dieu que vous reconnaissez vous-mêmes comme unique règle de foi et de vie? Que faisons-nous qui mérite une si violente condamnation de la part des Églises et de la presse, et qui vous autorise à nous exclure de votre communion?... Si nous sommes sur une mauvaise voie, je vous supplie de nous dire en quoi nous avons tort. Montrez-nous par la Parole de Dieu quelle est notre erreur. Vous nous avez assez abreuvés de ridicule; jamais cela ne nous convaincra que nous faisons fausse route; seule la Parole de Dieu pourra changer notre manière de voir, car c'est avec calme et avec prière, en nous basant sur les saintes Écritures, que nous sommes parvenus à nos conclusions. » (Bliss, ouv. cité, p.250,252.)

De siècle en siècle, les avertissements du Seigneur ont tous eu le même sort. Lorsque Dieu eut résolu de faire venir le déluge sur l'ancien monde, il en avertit les habitants et leur donna l'occasion de se détourner de leurs péchés. Pendant cent vingt ans, l'avertissement retentit aux oreilles des pécheurs, les exhortant à se convertir et à échapper à la colère de Dieu. Mais ce message leur parut un conte, et nul n'y prit garde. Enhardis dans leur méchanceté, les antédiluviens se moquèrent du messager de Dieu, ridiculisèrent ses appels et l'accusèrent même de présomption. Comment un homme seul osait-il s'opposer à tous les sages de la terre? Si le message de Noé était vrai, pourquoi tout le monde ne le recevait-il pas? Et ils se refusèrent à croire le message et à chercher un refuge dans l'arche du salut.

Ces moqueurs prenaient à témoin la nature : la succession invariable des saisons, la voûte azurée qui n'avait jamais laissé tomber une goutte de pluie, les prairies verdoyantes fertilisées par les douces rosées de la nuit. Et après avoir déclaré avec mépris que le prédicateur de la justice n'était qu‘un exalté, ils allaient leur chemin, plus que jamais absorbés dans la recherche des plaisirs et décidés à marcher dans la voie du mal. Mais leur incrédulité n'empêcha pas l'événement prédit d'arriver. Dieu avait longtemps supporté leur méchanceté; il leur avait donné suffisamment de temps pour se repentir. Aussi, au temps fixé, ses jugements s'abattirent-ils sur les contempteurs de sa miséricorde.

Jésus déclare que le monde fera, preuve d'une incrédulité analogue au sujet de son retour. Comme les contemporains de Noé « ne se doutèrent de rien, jusqu'à ce que le déluge vînt et les emportât tous, il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme ». (
Matthieu 24.39) Ceux qui se disent le peuple de Dieu s'uniront au monde, vivront de Sa vie, participeront avec lui aux plaisirs défendus, au luxe et à l'apparat; les cloches nuptiales tinteront gaiement, et le monde entier comptera sur des années de prospérité. Alors, aussi soudainement que l'éclair déchire la nue, viendra la fin de leurs visions enchanteresses et de leurs fallacieuses espérances.

De même que Dieu avait envoyé le serviteur de son choix pour avertir le monde de l'approche du déluge, il envoya ses messagers pour faire connaître l'approche du jugement. Et les moqueurs, qui n'avaient pas fait défaut parmi les contemporains de Noé, ne manquèrent pas non plus aux jours de Miller, même parmi ceux qui prétendaient être le peuple de Dieu. 
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