Bible-tube.com La tragédie des siècles 7

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LA PROTESTATION DES PRINCES

L’une des plus nobles manifestations en faveur de la Réforme fut la protestation des princes chrétiens d‘Allemagne à la diète de Spire, en 1529. Le courage, la foi et la fermeté de ces hommes de Dieu ont assuré la liberté de conscience aux siècles suivants. Cette protestation mémorable, dont les principes constituent « l’essence même du protestantisme », donna son nom aux adhérents de la Réforme dans le monde entier. jesus christ sauve, évangile selon jésus christ, mission chrétienne


 
Malgré l’édit de Worms déclarant Luther hors la loi et prohibant sa doctrine, le régime de la tolérance religieuse avait jusque-là prévalu dans l’empire. La divine Providence avait tenu en échec les forces opposées à la vérité. Chaque fois que Charles Quint, bien déterminé à étouffer la Réforme, étendait la main, le coup était détourné. À plusieurs reprises déjà, la perte de ceux qui osaient résister à Rome avait paru imminente; mais, au moment critique, une diversion survenait : ou bien c’étaient les armées turques qui faisaient leur apparition sur la frontière orientale; ou bien c’étaient le roi de France et le pape lui-même qui, jaloux de la puissance croissante de l’empereur, lui faisaient la guerre. Les luttes et les complications internationales donnaient ainsi à la Réforme le temps de se consolider et de s’étendre.

Le moment vint pourtant où les rois catholiques s’entendirent pour faire cause commune contre la Réforme. La première diète de Spire, en 1526, avait laissé à chaque état pleine liberté en matière religieuse jusqu’à la convocation d’un concile général. Mais dès que le danger qui lui avait arraché cette concession fut passé, l’empereur s’empressa de convoquer à Spire, en 1529, une seconde diète dont le but était d’extirper l’hérésie. Il fallait tâcher d’engager les princes à se liguer à l’amiable pour étouffer l’hérésie; si ce plan échouait, Charles Quint était prêt à tirer l’épée.
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Grande était la joie des partisans de Rome. Ils vinrent en grand nombre à Spire en 1529, manifestant ouvertement leur hostilité contre les Réformés et leurs protecteurs. « Nous sommes l’exécration et la balayure du monde, disait Mélanchthon, mais Jésus-Christ surveille Son pauvre peuple et le sauvera. « On alla jusqu’à défendre aux princes réformés présents à la diète de faire prêcher l’Évangile dans leur domicile particulier. Mais la population de Spire avait soif d’entendre la Parole de Dieu et, en dépit de cette interdiction, des milliers d’auditeurs accouraient aux services qui avaient lieu dans la chapelle de l’électeur de Saxe.

Cela suffit pour précipiter la crise. Un message impérial annonça à la diète que la résolution assurant la liberté religieuse ayant été l’occasion de grands désordres, l’empereur en exigeait l’annulation. Cet acte arbitraire jeta l’indignation et l’alarme parmi les princes évangéliques. L’un d’eux s’écria : « Le Christ est de nouveau tombé entre les mains de Caïphe et de Pilate. » Le langage des romanistes redoublait de violence. « Les Turcs valent mieux que les Luthériens, disait Faber; car les Turcs observent les jeûnes et les Luthériens les violent. S’il faut choisir entre les saintes Écritures de Dieu et les vieilles erreurs de l’Église, ce sont les premières qu’il faut rejeter. » « Chaque jour, en pleine assemblée, écrivait Mélanchthon, Faber nous lance quelque nouveau projectile. »

La tolérance religieuse avait été légalement reconnue, les États évangéliques étaient résolus à défendre leurs droits. Luther, qui se trouvait encore sous le coup de l’édit de Worms, ne put paraître à Spire; mais il y était remplacé par ses collaborateurs et par des princes que Dieu avait suscités pour soutenir sa cause en cette occurrence. Le noble Frédéric de Saxe, protecteur de Luther, était mort; mais le duc Jean, son frère et successeur, avait joyeusement accueilli la Réforme; et, bien que pacifique, il déployait une grande énergie et un grand courage quand il s’agissait des intérêts de la foi.

Les prélats exigeaient que les États réformés se soumissent implicitement à la juridiction romaine. Quant aux réformateurs, ils se réclamaient de la liberté qui leur avait été octroyée. Ils ne pouvaient admettre que les États qui avaient embrassé la Parole de Dieu avec enthousiasme fussent de nouveau placés sous le joug de Rome.

On finit par proposer le compromis suivant : là où la Réforme n’avait pas été établie, l’édit de Worms devait être rigoureusement appliqué; mais « là où l’on ne pourrait l’imposer sans risque de révolte, on ne devait introduire aucune réforme, ni toucher à aucun point controversé; la célébration de la messe devait être tolérée, mais on ne permettrait à aucun catholique d’embrasser le luthéranisme ". Ces mesures furent adoptées par la diète à la grande satisfaction du clergé catholique.

Si cet édit était entré en vigueur, « la Réforme n’eût pu ni s’établir dans les lieux où elle n’avait pas encore pénétré, ni s’édifier sur de solides fondements dans ceux où elle existait déjà; la restauration de la hiérarchie romaine... y eût infailliblement ramené les anciens abus. La moindre infraction faite à une ordonnance aussi vexatoire eût fourni aux papistes un prétexte pour achever de détruire une oeuvre déjà fortement ébranlée. La liberté de la parole eût été supprimée. Toute conversion nouvelle allait devenir un crime. Et l’on demandait aux amis de la Réforme de souscrire immédiatement à toutes ces restrictions et prohibitions. » Les espérances du monde semblaient être sur le point de s’écrouler.

Réunis en consultation, les membres du parti évangélique se regardaient avec stupeur. Ils se demandaient, l’un à l’autre : « Que faire? » De très graves intérêts étaient en jeu pour le monde. « Les chefs de la Réforme se soumettront-ils? Accepteront-ils cet édit? Il serait facile, à cette heure de crise, de faire un faux pas. Que de bonnes raisons, que de prétextes plausibles n’eût-on pas pu trouver pour se soumettre! On assurait aux princes luthériens le libre exercice de leur religion. Le même droit était accordé à tous ceux de leurs sujets qui avaient adopté la Réforme avant l’édit. Cela ne devait-il pas les satisfaire? Combien de périls la soumission n’épargnerait-elle pas? En revanche, à quels dangers et à quels hasards la résistance ne devait-elle pas les exposer! Qui sait les avantages que l’avenir peut nous apporter? Acceptons la paix; emparons-nous du rameau d’olivier que Rome nous tend; et pansons ainsi les plaies de l’Allemagne. C’est par de semblables raisonnements que les réformateurs eussent pu justifier une ligne de conduite qui eût assuré, à brève échéance, la ruine de la cause protestante.

« Fort heureusement, ils ne perdirent pas de vue le principe mis à la base de l’accord proposé. Quel était ce principe? C’était, pour Rome, le droit de contraindre les consciences et d’interdire le libre examen. La liberté de conscience était bien assurée aux princes réformés et à leurs sujets, mais comme une faveur spéciale et non pas comme un droit. À part ceux qui étaient compris dans cette exception, tous restaient sous le joug de l’autorité; Rome continuait à être le juge infaillible de la foi. La conscience était éliminée. Accepter le compromis proposé, c’était admettre que la liberté de conscience n’était légitime que dans la Saxe réformée et que, pour le reste de la chrétienté, le libre examen et la profession de la foi réformée étaient des crimes dignes de la prison et du bûcher. Pouvait-on donner des limites géographiques à la liberté religieuse? Allait-on admettre que la Réforme avait fait son dernier converti, qu’elle avait conquis son dernier arpent, et que, partout ailleurs, l’empire de Rome devait être éternel? Les réformateurs allaient-ils devenir complices de la mort de centaines et de milliers de gens qui, au terme de cette convention, devaient être immolés dans tous les pays soumis à l’Église romaine? Allaient-ils, à cette heure suprême, trahir la cause de l’Évangile et les libertés de la chrétienté? » (Wylie, liv. IX, chap. xv.) « Non! Plutôt tout endurer, tout sacrifier, jusqu’à leurs États, leur couronne et leur vie! »

« Rejetons cet arrêté, dirent les princes; dans les questions de conscience, la majorité n’a aucun pouvoir. » « C’est au décret de 1526, ajoutèrent les villes, que l’on doit la paix dont jouit l’empire; l’abolir, c’est jeter l’Allemagne dans le trouble et la division. Jusqu’au concile, la diète n’a d’autre compétence que de maintenir la liberté religieuse. « Protéger la liberté de conscience, voilà le devoir de l’État et la limite de son autorité en matière religieuse. Tout gouvernement civil qui, aujourd’hui, tente de régler ou d’imposer des observances religieuses abolit le principe pour lequel les chrétiens évangéliques ont si noblement combattu.

Déterminés à briser ce qu’ils appelaient « une audacieuse opiniâtreté », les papistes commencèrent par semer la division parmi les partisans de la Réforme, en intimidant ceux qui ne s’étaient pas encore ouvertement déclarés en sa faveur. Les représentants des villes libres, appelés à comparaître devant la diète, et mis en demeure de déclarer s’ils acceptaient les termes de l’arrêt, demandèrent en vain un délai. Le vote prouva que près de la moitié d’entre eux étaient pour la Réforme. Ceux qui se refusaient ainsi à sacrifier la liberté de conscience et les droits du libre-examen ne se dissimulaient pas qu’ils s’exposaient aux critiques, à la condamnation et à la persécution. « Il faudra, dit l’un d’eux, ou renier la Parole de Dieu, ou... être brûlés. »  jesus christ sauve, évangile selon jésus christ, mission chrétienne



Le roi Ferdinand, représentant de l’empereur à la diète, comprit que, s’il ne réussissait pas à amener les princes à accepter et à soutenir le décret, celui-ci occasionnerait de sérieuses divisions. Et se doutant bien qu’user de la contrainte avec de tels hommes, c’était les rendre plus déterminés encore, il tenta de les persuader, et « supplia les princes d’accepter le décret, les assurant que l’empereur leur en saurait un gré infini ». Ces hommes courageux, s’inclinant devant une autorité supérieure à celle des rois de la terre, répondirent avec calme : « Nous obéirons à l’empereur dans tout ce qui peut contribuer au maintien de la paix et à l’honneur de Dieu. »

Sans tenir compte de cette déclaration, le roi annonça enfin, en pleine diète, « que l’édit allait être rédigé sous forme de décret impérial ». Puis il annonça à l’électeur de Saxe et à ses amis qu’ « il ne leur restait plus qu’à se soumettre à la majorité ». Cela dit, il se retira de l’assemblée, sans donner aux réformateurs l’occasion de lui répondre. En vain, ils lui envoyèrent une députation pour le prier de revenir. « C’est une affaire réglée, répondit le roi, il n’y a plus qu’à se soumettre. »

Bien que le parti impérial sût que les princes chrétiens étaient déterminés à considérer les saintes Écritures comme supérieures aux doctrines et aux lois humaines, et que là où ce principe était reconnu l’autorité du pape serait tôt ou tard abolie, il croyait que la cause de l’empereur et du pape était la plus forte. Si les réformateurs avaient compté sur le seul secours de l’homme, ils eussent été aussi impuissants que les partisans du pape le supposaient. Mais leur force allait se révéler. Ils en appelèrent « du décret de la diète à la Parole de Dieu, et de l’empereur Charles à Jésus-Christ, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ».

Sans tenir compte de l’absence de Ferdinand qui n’avait pas respecté leur liberté de conscience, ils rédigèrent et présentèrent sans délai devant l’assemblée nationale la solennelle déclaration suivante :

« Nous PROTESTONS par les présentes, devant Dieu, notre unique Créateur, Conservateur, Rédempteur et Sauveur, qui un jour sera notre Juge, ainsi que devant tous les hommes et toutes les créatures, que, pour nous et pour les nôtres, nous ne consentons ni n’adhérons en aucune manière au décret proposé, dans la mesure où il est contraire à Dieu, à sa sainte Parole, à notre bonne conscience et au salut de nos âmes. Quoi! nous déclarerions, en adhérant à cet édit, que si le Dieu tout-puissant appelle un homme à sa connaissance, cet homme n’est pas libre de la recevoir!... »

Ils ajoutaient: « Il n’est de doctrine certaine que celle qui est conforme à la Parole de Dieu;... le Seigneur défend d’en enseigner une autre;... chaque texte de la sainte Écriture devant être expliqué par d’autres textes plus clairs, ce saint Livre est, dans toutes les choses nécessaires au chrétien, facile et propre à dissiper les ténèbres. Nous sommes donc résolus, avec la grâce de Dieu, à maintenir la prédication pure et exclusive de sa seule Parole, telle qu’elle est contenue dans les livres bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament, sans rien ajouter qui lui soit contraire. Cette Parole est la seule vérité; elle est la norme assurée de toute doctrine et de toute vie, et ne peut jamais ni faillir ni se tromper. Celui qui bâtit sur ce fondement résistera à toutes les puissances de l’enfer, tandis que toutes les vanités humaines qu’on lui oppose tomberont devant la face de Dieu.

» Voilà pourquoi nous rejetons le joug qu’on nous impose... En même temps, nous nous flattons que sa Majesté impériale se comportera à notre égard comme un prince chrétien qui aime Dieu par-dessus toutes choses; et nous nous déclarons prêts à lui rendre, ainsi qu’à vous tous, gracieux seigneurs, toute l’affection et toute l’obéissance qui sont notre juste et légitime devoir. »

Cette lecture produisit une vive impression sur la diète. La hardiesse des protestataires étonna et alarma la majorité. L’avenir leur apparut sombre et orageux. Les dissensions, les conflits et l’effusion de sang paraissaient inévitables. Les réformateurs, au contraire, certains de la justice de leur cause, et se reposant sur le bras du Tout-Puissant, étaient remplis d’un courage inébranlable.

« Les principes contenus dans cette célèbre Protestation... constituent l’essence même du protestantisme. Elle s’élève contre deux abus de l’homme dans les choses de la foi : l’intrusion du magistrat civil et l’autorité arbitraire du clergé. À la place de ces deux abus, le protestantisme établit, en face du magistrat, le pouvoir de la conscience; et en face du clergé, l’autorité de la Parole de Dieu. D’abord, il récuse le pouvoir civil dans les choses divines et dit, comme les apôtres et les prophètes : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Sans porter atteinte à la couronne de Charles Quint, il maintient la couronne de Jésus-Christ. Mais il va plus loin: il établit que tout enseignement humain doit être subordonné aux oracles de Dieu. « Les protestataires ne prétendaient pas seulement au droit de croire et de pratiquer leur foi, mais aussi à celui d’exprimer librement ce qu’ils estimaient être la vérité; et ils contestaient aux prêtres et aux magistrats le droit de les en priver. La protestation de Spire s’élevait solennellement contre l’intolérance religieuse et affirmait catégoriquement le droit de tout homme à servir Dieu selon sa conscience.

Cette déclaration, bientôt gravée dans des milliers de mémoires, fut enregistrée dans les livres du ciel, d’où aucun effort humain ne pouvait l’effacer. Toute l’Allemagne évangélique adopta la protestation comme l’expression de sa foi. Dans ce manifeste, chacun voyait le présage d’une ère nouvelle et meilleure. L’un des princes dit aux signataires de Spire : « Que le Dieu tout-puissant qui vous a fait la grâce de le confesser publiquement, librement et sans aucune crainte vous conserve dans cette fermeté chrétienne jusqu’au jour de l’éternité. »

Si, après avoir obtenu un certain succès, la Réforme avait consenti à temporiser pour obtenir la faveur du monde, elle eût été infidèle à Dieu et à elle-même, et eût ainsi préparé sa ruine. L’histoire de ces nobles réformateurs contient un enseignement pour tous les siècles à venir. La tactique de Satan contre Dieu et contre Sa Parole n’a pas changé; il est tout aussi opposé aujourd’hui qu’au seizième siècle à ce que la Parole de Dieu soit la règle de la foi et de la vie. Il existe, de nos jours, une forte tendance à s’éloigner de la saine doctrine; il est donc nécessaire de revenir au grand principe protestant : les Écritures seule règle de la foi et de la vie. La puissance antichrétienne rejetée par les protestataires de Spire travaille avec une énergie accrue à reconquérir sa suprématie perdue. Un attachement indéfectible à la Parole de Dieu, tel celui dont firent preuve les réformateurs, est, à cette heure de crise, la seule espérance de toute oeuvre de réforme.

Divers indices faisaient craindre pour la sécurité des protestants; certains faits, en revanche, montraient que la main de Dieu était prête à les protéger. Vers ce temps-là, « Mélanchthon conduisait précipitamment vers le Rhin, à travers les rues de Spire, son ami Simon Grynéus, le pressant de traverser le fleuve. Comme celui-ci s’étonnait d’une telle hâte, Mélanchthon lui dit : 'Un vieillard d’une apparence grave et solennelle, mais qui m’est inconnu, vient de se présenter à moi et m’a dit : Dans un instant, des archers, envoyés par Ferdinand, vont arrêter Simon Grynéus.' »

Ce même jour, Grynéus, scandalisé par un sermon de Faber, l’un des principaux docteurs catholiques, s’était rendu chez lui et l’avait supplié de ne plus faire la guerre à la vérité. Faber avait dissimulé sa colère, mais s’était aussitôt rendu chez le roi et il avait obtenu des ordres contre l’importun professeur de Heidelberg. Mélanchthon ne doutait pas que Dieu avait sauvé son ami par l’envoi d’un de ses saints anges. « Immobile au bord du Rhin, il attendait que les eaux du fleuve eussent dérobé Grynéus à ses persécuteurs. Enfin, s’écria-t-il, en le voyant sur l’autre bord, le voilà arraché aux dents cruelles de ceux qui boivent le sang innocent. » De retour dans sa maison, Mélanchthon apprit que des archers venaient de fouiller sa demeure, à la recherche de Grynéus.

La Réforme devait, d’une manière plus pressante encore, s’imposer à l’attention des grands de la terre. Le roi Ferdinand ayant refusé une audience aux princes évangéliques, ces derniers devaient avoir l’occasion de présenter leur cause devant l’empereur et les dignitaires de l’Église et de l’État réunis. Pour apaiser les dissensions qui troublaient l’empire un an après la protestation de Spire, Charles Quint convoqua à Augsbourg une diète qu’il voulut présider en personne. Les chefs protestants y furent convoqués.

De grands dangers menaçaient la Réforme, mais ses amis et ses défenseurs remettaient leur cause entre les mains de Dieu et s'engageaient à tenir ferme pour l’Évangile. L’entourage de l’électeur de Saxe lui conseillait de ne pas s’y rendre. L’empereur, lui disait-on, convoque les princes pour leur tendre un piège. « N’est-ce pas courir un trop grand risque, disaient-ils, que d’aller s’enfermer dans les murs d’une ville avec un puissant ennemi? » D’autres lui disaient, pleins d’une noble confiance : « Que les princes se comportent seulement avec courage, et la cause de Dieu sera sauvée! » « Dieu est fidèle, et il ne nous abandonnera pas », disait Luther. Accompagné de sa suite, l’électeur se mit en route pour Augsbourg. Tous connaissaient le péril que courait ce prince, et beaucoup se rendaient à la diète le coeur troublé par de sombres pressentiments. Mais Luther, qui les accompagna jusqu’à Cobourg, ranima leur foi par le chant du fameux cantique : « C’est un rempart que notre Dieu », écrit en cours de route. Maint lugubre présage fut dissipé, et maint coeur accablé fut soulagé à l’ouïe de ces strophes immortelles.

Les princes réformés avaient décidé de présenter à la diète un exposé systématique de leur foi, avec les passages des saintes Écritures à l’appui. Cette confession, rédigée par Luther, Mélanchthon et leurs collaborateurs, fut adoptée comme l’exposé de leurs convictions religieuses par les protestants réunis, qui apposèrent leurs signatures sur cet important document. C’était un moment solennel et critique. Les réformateurs désiraient surtout ne pas mêler leur cause à la politique. Ils étaient convaincus que la Réforme ne devait pas exercer d’influence étrangère à celle de la Parole de Dieu.

Aussi, comme les princes s’avançaient pour signer la confession, Mélanchthon s’interposa en disant : « Ceci regarde les théologiens et les ministres; réservons d’autres questions à l’autorité des grands de la terre. À Dieu ne plaise que vous m’excluiez! rétorqua l’électeur Jean de Saxe; je suis prêt à faire mon devoir sans m’inquiéter de ma couronne; je veux confesser le Seigneur. Mon chapeau électoral et mon hermine ne valent pas pour moi la croix de Jésus-Christ. Je laisserai sur la terre ces insignes de ma grandeur, mais la croix de mon Maître m’accompagnera jusqu’aux étoiles! » Cela dit, il apposa sa signature. Un autre dit : « Si l’honneur de Jésus-Christ, mon Seigneur, le requiert, je suis prêt à laisser derrière moi mes biens et ma vie.... Plutôt renoncer à mes sujets et à mes États, plutôt partir du pays de mes pères un bâton à la main, plutôt gagner ma vie en ôtant la poussière des souliers de l’étranger, que de recevoir une doctrine différente de celle qui est contenue dans cette confession! » Telles étaient la foi et l’intrépidité de ces hommes de Dieu.

Le moment de comparaître devant l’empereur arriva enfin. Charles Quint, assis sur son trône, et entouré des électeurs et des princes, accorda audience aux réformateurs protestants. Ces derniers donnèrent lecture de leur confession de foi. L’auguste assemblée entendit un clair exposé de la vérité évangélique et l’énumération des erreurs de l’Église papale. C’est à juste titre que l’on a appelé cette journée, « le plus grand jour de la Réforme, et l’un des plus beaux de l’histoire du christianisme et de celle de l’humanité ».

Quelques courtes années seulement s’étaient écoulées depuis que le moine de Wittenberg avait dû se présenter seul devant la diète de Worms. Maintenant, à sa place, comparaissaient les princes les plus nobles et les plus puissants de l’empire. Luther n’avait pas été autorisé à se rendre à Augsbourg, mais il s’y trouvait par ses prières et par ses paroles : « Je tressaille de joie, disait-il, de ce qu’il m’est donné de vivre à une époque où Jésus-Christ est publiquement exalté par de si illustres confesseurs, et dans une si glorieuse assemblée. » Ainsi s’accomplit cette déclaration de l’Écriture : « Je parlerai de tes préceptes devant les rois, et je ne rougirai point. » (
Psaume 119.46 )

Au temps de l’apôtre Paul, et grâce à sa captivité, l’Évangile avait été porté dans la ville impériale et jusqu’à la cour. De même, en ce jour mémorable, le message que l’empereur avait défendu de prêcher du haut de la chaire était annoncé dans son palais. Les paroles que plusieurs avaient considérées comme malséantes devant les serviteurs, étaient écoutées avec étonnement par les maîtres de la terre. Rois et grands seigneurs formaient l’auditoire; des princes couronnés jouaient le rôle de prédicateurs, et le sermon était consacré à la vie éternelle. « Depuis le temps des apôtres, disait-on, il n’a pas eu d’oeuvre plus grande, ni de confession plus magnifique. »

« Tout ce que les Luthériens ont dit est vrai, s’écriait l’évêque d’Augsbourg; nous ne pouvons le nier. » « Pouvez-vous, avec de bonnes raisons, réfuter la confession de foi établie par l’électeur et ses alliés? demandait-on au docteur Eck.. Avec les écrits des apôtres et des prophètes, non...; mais avec ceux des Pères et des conciles, oui! Je comprends, reprit vivement son interlocuteur; selon vous, les luthériens sont dans l’Écriture, et nous en dehors. »

Quelques princes allemands furent gagnés à la foi réformée. L’empereur lui-même déclara que les articles protestants exprimaient réellement la vérité. La confession fut traduite en plusieurs langues et répandue dans toute l’Europe; elle a été, depuis, et jusqu’à nos jours, acceptée comme l’expression de leur foi par des millions de croyants.

Les fidèles serviteurs de Dieu ne travaillaient pas seuls. Alors que les « dominations, les autorités, les princes de ce monde de ténèbres et les esprits méchants dans les lieux célestes » se liguaient contre eux, le Seigneur ne les oubliait pas. Si leurs yeux avaient été ouverts, ils auraient vu, de même que le prophète Élisée, des preuves manifestes de la présence et du secours de Dieu. Quand son serviteur lui montrait les armées ennemies qui les entouraient et rendaient inutile toute tentative de fuite, le prophète, s’adressant à Dieu, avait prié : « Éternel, ouvre ses yeux, pour qu’il voie. » (
2 Rois 6.17 ) Et voici, la montagne était « pleine de chevaux et de chars de feu » tout autour d’Élisée. Les cohortes célestes étaient là pour protéger l’homme de Dieu. C’est ainsi que les anges veillaient sur les ouvriers de la Réforme.

Luther avait pour principe de ne pas recourir à la puissance séculière ni aux armes pour défendre la cause de Dieu. Il se réjouissait de voir l’Évangile confessé par les princes de l’empire; mais quand ces derniers proposèrent de faire une alliance défensive, il déclara que « la doctrine de l’Évangile devait être défendue par Dieu seul ». Il « croyait que moins les hommes s’en mêleraient, plus l’intervention divine serait éclatante ». Toutes les précautions humaines envisagées lui semblaient dictées par un coupable manque de foi.

Quand des ennemis puissants s’unissaient pour renverser la foi, quand des milliers d’épées semblaient prêtes à sortir du fourreau pour la faire disparaître, Luther écrivait : « Satan fait éclater sa fureur; des pontifes impies conspirent; et l’on nous menace de la guerre. Exhortez le peuple à combattre vaillamment devant le trône du Seigneur par la foi et par la prière, afin que nos ennemis, vaincus par l’Esprit de Dieu, soient contraints à la paix. Le premier besoin, le premier travail, c’est la prière; que le peuple sache qu’il est maintenant exposé aux tranchants des épées et aux fureurs du diable, et qu’il se mette à prier. »

Plus tard encore, faisant allusion à l’alliance projetée par les États évangéliques, Luther disait que « l’épée de l’Esprit » était la seule arme qu’il fallait employer dans cette guerre. Il écrivait, à l’électeur de Saxe : « Nous ne pouvons en conscience approuver l’alliance qu’on nous propose. Plutôt mourir dix fois que de voir notre Évangile faire couler une seule goutte de sang! Nous devons accepter d’être comme des brebis menées à la boucherie. La croix du Christ doit être portée. Que votre Altesse soit sans aucune crainte. Nous ferons plus par nos prières que nos ennemis par leurs fanfaronnades. Surtout, que vos mains ne se souillent pas du sang de vos adversaires. Si l’empereur exige qu’on nous livre à ses tribunaux, nous sommes prêts à comparaître. Vous ne pouvez pas défendre notre foi. C’est à ses risques et périls que chacun doit croire. »

La puissance qui ébranla le monde au temps de la Réforme provenait du sanctuaire de la prière. Dans une sainte assurance, les serviteurs de Dieu posèrent leur pied sur le rocher des promesses divines. Pendant la diète d’Augsbourg, Luther ne passa pas un jour sans consacrer à la prière trois des meilleures heures de la journée. Dans le secret de son cabinet de travail, il répandait son âme devant Dieu en paroles pleines d’adoration mêlées d’expressions de crainte et d’espérance. « Je sais que tu es notre Père et notre Dieu », disait le réformateur, « et que tu dissiperas les persécuteurs de tes enfants; car tu es toi-même en danger avec nous. Toute cette affaire est la tienne, et ce n’est que contraints par toi que nous y avons mis la main. Défends-nous donc, ô Père! »

Il écrivait à Mélanchthon, que rongeait l’inquiétude : « Grâce et paix par Jésus-Christ! Par Jésus-Christ, dis-je, et non par le monde! Amen. Je hais d’une haine véhémente ces soucis extrêmes qui te consument. Si la cause est injuste, abandonnons-la; si elle est juste, pourquoi ferions-nous mentir les promesses de celui qui nous commande de dormir sans crainte! Le Christ ne fera pas défaut à l’oeuvre de la justice et de la vérité. Il vit, il règne : par quelle crainte pouvons-nous être troublés? »

Dieu entendit les cris de Ses serviteurs. Il donna aux princes et aux ministres grâce et courage pour soutenir la vérité contre le prince des ténèbres de ce siècle. « Voici, je mets en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse; et celui qui croit en elle ne sera point confus. » (
1 Pierre 2.6 ) Les réformateurs protestants avaient édifié sur Jésus-Christ, et les portes de l’enfer ne prévalurent point sur eux.
 

LA RÉFORME EN FRANCE (Partie I)

La protestation de Spire et la confession de foi d’Augsbourg, qui marquèrent l’apogée de la Réforme en Allemagne, furent suivies d’années de luttes et de ténèbres. Affaibli par des divisions intestines et assailli par de puissants ennemis, le protestantisme semblait condamné à disparaître. Des milliers de ses enfants scellaient leur témoignage de leur sang. La guerre civile éclata; la cause protestante fut trahie par l’un de ses principaux adhérents; les plus nobles d’entre les princes réformés tombèrent au pouvoir de Charles Quint et furent traînés de ville en ville. Mais au moment de ce triomphe apparent, l’empereur dut se déclarer vaincu. La proie qu’il croyait tenir lui échappa et il se vit obligé de tolérer une doctrine dont la suppression avait été l’ambition de sa vie. Pour extirper l’hérésie, il avait joué son royaume, ses trésors, sa vie même. Il voyait maintenant ses armées en déroute, ses ressources épuisées et plusieurs de ses royaumes à la veille de la révolte, tandis que la foi qu’il s’était efforcé de supprimer se répandait. Charles Quint avait combattu le Tout-Puissant. Dieu avait dit : « Que la lumière soit! » et le monarque avait voulu conserver les ténèbres. Incapable de réaliser ses desseins, vieilli prématurément, usé par une lutte déjà longue, il abdiqua le trône et alla s’ensevelir dans un cloître.

En Suisse, comme en Allemagne, la Réforme connut de sombres jours. Plusieurs cantons avaient accepté la foi réformée, mais d’autres se cramponnaient avec une aveugle ténacité au credo de Rome. La persécution contre les partisans de la foi nouvelle aboutit à la guerre civile. Zwingle et plusieurs de ses collaborateurs tombèrent sur le champ de bataille de Cappel. OEcolampade, terrassé par ces désastres, mourut peu après. Rome exultait et semblait sur le point de recouvrer tout ce qu’elle avait perdu. Mais celui dont les desseins sont éternels n’avait délaissé ni Sa cause ni Son peuple. De Sa main devait sortir la délivrance. En d’autres pays, Il suscitait des ouvriers pour faire triompher Son oeuvre.

L’aurore de la Réforme commença à poindre en France avant même que le nom de Luther fût connu. L’un des premiers à recevoir la lumière fut un vieillard, Lefèvre d’Étaples, papiste zélé, savant professeur de l’université de Paris, que ses travaux sur la littérature ancienne avaient amené à sonder les saintes Écritures dont il introduisit l’étude parmi ses éleves.

Invocateur enthousiaste des saints, Lefèvre avait entrepris d’écrire une histoire des martyrs basée sur les légendes de l’Église. Ce travail, qui exigeait bien des recherches, était déjà considérablement avancé, quand, pensant que les Écritures pourraient l’aider dans sa tâche, il en entreprit l’étude. Il trouva, en effet, des saints dans la Bible, mais bien différents de ceux du calendrier romain. Ébloui par le faisceau de lumière qu’il vit jaillir devant lui, il se détourna dès lors avec dégoût de la tâche qu’il s’était imposée. Se consacrant tout entier à la Parole de Dieu, il ne tarda pas à enseigner les précieuses vérités qu’il y découvrait.

En 1512, avant que Luther ou Zwingle eussent commencé leurs travaux de réforme, Lefèvre écrivait : « C’est Dieu seul qui, par sa grâce et par la foi, justifie pour la vie éternelle. » « Échange ineffable! l’innocence est condamnée, et le coupable est absous; la bénédiction est maudite, et celui qui était maudit est béni; la vie meurt, et la mort reçoit la vie; la gloire est couverte de confusion, et celui qui était confus est couvert de gloire. »

Tout en déclarant que la gloire du salut appartient à Dieu seul, il disait que le devoir de l’obéissance est la part de l’homme. « Si tu es de l’Église du Christ, tu es du corps du Christ, et si tu es du corps du Christ, tu es rempli de la divinité, car la plénitude de la divinité habite en lui corporellement. Oh! si les hommes pouvaient comprendre ce privilège, comme ils se maintiendraient purs, chastes et saints, et comme ils estimeraient toute la gloire du monde une ignominie, en comparaison de cette gloire intérieure, qui est cachée aux yeux de la chair! »

Parmi les élèves de Lefèvre, certains recueillirent ses paroles comme des trésors et, longtemps après la mort du maître, les firent entendre au monde. L’un d’eux était Guillaume Farel. Élevé par des parents pieux, il avait appris à se soumettre aveuglément aux enseignements de l’Église. Comme l’apôtre Paul, il eût pu dire : « J’ai vécu pharisien, selon la secte la plus rigide de notre religion. » (
Actes 26.5 ) Romaniste fervent, il désirait ardemment détruire tout ce qui s’opposait à l’Église. « Entendait-il parler contre le pape tant vénéré, il grinçait des dents comme un loup furieux », et il eût voulu que la foudre frappât le coupable en sorte qu’il en fût « du tout abattu et ruiné ». Inlassable dans le culte qu’il rendait aux saints, il faisait avec Lefèvre le tour des églises de Paris pour y adorer devant les autels, et déposer des offrandes devant les reliques. Mais ces dévotions ne lui apportaient pas la paix de l’âme. Tous ses actes de piété et toutes ses pénitences ne parvenaient pas à le libérer de la conviction de son péché. La voix du réformateur qui annonçait le « salut par grâce » fut pour lui comme une voix céleste. « L’innocent est condamné, et le criminel est acquitté. » « Seule la croix du Christ ouvre les portes du ciel et ferme les portes de l’enfer. »

Farel accepta joyeusement la vérité. Par une conversion comparable à celle de l’apôtre Paul, il passa de l’esclavage de la tradition à la liberté des enfants de Dieu. Au lieu de ressembler à un « loup enragé », il devint « paisible, doux et aimable comme un agneau, le coeur entièrement retiré du pape et adonné à Jésus-Christ ».

Tandis que Lefèvre continuait à communiquer la lumière à ses élèves, Farel, aussi zélé pour la cause du Christ qu’il l’avait été pour celle du pape, allait prêcher la vérité en public. Un dignitaire de l’Église, Briçonnet, évêque de Meaux, se joignit bientôt à eux. D’autres docteurs, aussi éminents par leur science que par leur piété, se mirent eux aussi à proclamer l’Évangile. La foi nouvelle fit des adhérents dans toutes les classes de la société, depuis les artisans et les paysans, jusqu’aux nobles et aux princes. La soeur de François Ier, Marguerite de Navarre, ayant embrassé la foi réformée, le roi lui-même et la reine-mère semblèrent pendant un temps la considérer avec faveur. Les réformateurs, éblouis, voyaient déjà approcher le jour où la France serait gagnée à la cause de la Réforme.

Ils allaient être déçus dans leur attente. Des épreuves et des persécutions, miséricordieusement voilées à leurs yeux, attendaient ces disciples du Christ. Dans l’intervalle, un temps de paix leur permit de prendre des forces en vue de l’orage à venir, et la cause de la Réforme fit de rapides progrès. Dans son diocèse, l’évêque de Meaux travaillait avec zèle à instruire le clergé et les laïques. Les prêtres ignorants et dépravés furent renvoyés et, dans la mesure du possible, remplacés par des hommes instruits et pieux.

L’évêque, qui désirait ardemment mettre la Parole de Dieu entre les mains de ses ouailles, ne tarda pas à voir son désir se réaliser. Lefèvre avait entrepris la traduction du Nouveau Testament, et, à l’époque même où Luther faisait paraître les Écritures en allemand à Wittenberg, le Nouveau Testament était publié en français à Meaux. Briçonnet n’épargna ni peines ni argent pour le répandre dans toutes les paroisses de son diocèse, et bientôt les paysans furent en possession des saintes Écritures.

Ces âmes recevaient le message du ciel comme des voyageurs altérés saluent une source d’eau vive. Les cultivateurs aux champs, les artisans dans leur atelier s’encourageaient dans leur travail quotidien en s’entretenant des vérités précieuses de la Parole de Dieu. Le soir, au lieu de se rencontrer dans les cabarets, ils se réunissaient les uns chez les autres pour lire l’Écriture sainte, prier et louer Dieu. Un grand changement ne tarda pas à se produire dans ces localités. Les rudes paysans eux-mêmes, qui avaient vécu dans l’ignorance, éprouvaient la puissance transformatrice de la grâce divine. Ils devenaient humbles, probes, pieux et témoignaient par là de l’action bienfaisante de l’Évangile sur les âmes sincères.

La lumière qui brillait à Meaux projetait ses rayons au loin, et le nombre des convertis allait chaque jour en augmentant. La fureur de la hiérarchie fut un moment tenue en échec par le roi, qui détestait le fanatisme des moines. Mais les partisans du pape finirent par l’emporter, et les bûchers s’allumèrent.

L’évêque de Meaux, mis en demeure de choisir entre le feu et la rétractation, prit le chemin le plus facile. Le troupeau, en revanche, demeura ferme en dépit de la chute de son chef. Plusieurs rendirent témoignage à la vérité au milieu des flammes. Par leur foi et leur constance jusque sur le bûcher, ces martyrs annoncèrent l’Évangile à des milliers d’âmes qui n’avaient pas eu l’occasion de l’entendre en temps de paix.

Les humbles et les pauvres ne furent pas seuls à confesser leur Sauveur au milieu du mépris et de l’opposition. Dans les salles somptueuses des châteaux et des palais, de nobles âmes plaçaient la vérité plus haut que le rang, la fortune et la vie même. Ceux qui étaient revêtus des armures royales se révélaient souvent plus droits et plus fermes que ceux qui portaient des soutanes et des mitres épiscopales. Louis de Berquin, d’une famille noble de l’Artois, était de ceux-là. Chevalier de la cour, coeur intrépide, gentilhomme doublé d’un savant, il était bon, affable et de moeurs irréprochables. « Il était, dit Crespin, grand sectateur des constitutions papistiques, grand auditeur des messes et des sermons, observateur des jeûnes et jours de fête.... La doctrine de Luther, alors bien nouvelle en France, lui était en extrême abomination. « Mais, providentiellement amené, comme tant d’autres, à l’étude des Écritures, il fut stupéfait d’y trouver non les doctrines de Rome, mais celles de Luther. Dès ce moment, il fut entièrement acquis à la cause de l’Évangile.

Tenu pour « le plus instruit des membres de la noblesse française », favori du roi, il apparaissait à plusieurs, par son esprit, son éloquence, son indomptable courage, son zèle héroïque et son influence à la cour, comme le futur réformateur de son pays. « Aussi Théodore de Bèze dit-il que la France eût peut-être trouvé en Berquin un autre Luther, si lui-même eût trouvé en François Ier un autre Electeur. » « Il est pire que Luther », criaient les papistes. Et, en effet, il était plus redouté que lui par les romanistes de France. François Ier, inclinant alternativement vers Rome et vers la Réforme, tantôt tolérait, tantôt modérait le zèle violent des moines. Trois fois, Berquin fut emprisonné par les autorités papales et trois fois relâché par le roi qui, admirant sa noblesse de caractère et son génie, refusait de le sacrifier à la malignité de la hiérarchie. La lutte dura des années.

Maintes fois, Berquin fut averti des dangers qu’il courait en France et pressé de suivre l’exemple de ceux qui étaient allés chercher la sécurité dans un exil volontaire. Le timide et opportuniste Érasme, qui, en dépit de toute sa science, ne réussit jamais à s’élever jusqu’à la grandeur morale qui tient moins à la vie et aux honneurs qu’à la vérité, lui écrivait : « Demandez une légation en pays étranger, voyagez en Allemagne. Vous connaissez Bède et ses pareils : c’est une hydre à mille têtes qui lance de tous côtés son venin. Vos adversaires s’appellent légion. Votre cause fût-elle meilleure que celle de Jésus-Christ, ils ne vous lâcheront pas qu’ils ne vous aient fait périr cruellement. Ne vous fiez pas trop à la protection du roi. Dans tous les cas, ne me compromettez pas avec la faculté de théologie. » (G. de Félice, Histoire des Protestants de France (6e éd.), p. 33.)

Mais le zèle de Louis de Berquin augmentait avec le danger. Loin d’adopter la politique prudente que lui conseillait Érasme, il eut recours à des mesures plus hardies encore. Non seulement il prêchait la vérité, mais il attaquait l’erreur. L’accusation d’hérésie que les romanistes lançaient contre lui, il la retournait contre eux. Ses adversaires les plus actifs et les plus violents étaient les savants et les moines de la Sorbonne, faculté de théologie de l’université de Paris, l’une des plus hautes autorités ecclésiastiques, non seulement de la ville, mais de la nation. Berquin tira des écrits de ces docteurs douze propositions qu’il déclara publiquement « contraires aux Écritures et par conséquent hérétiques »; et il demanda au roi de se faire juge de la controverse.

Le monarque, heureux de mettre à l’épreuve la puissance et la finesse des champions adverses, aussi bien que d’humilier l’orgueil et la morgue des moines, enjoignit aux romanistes de défendre leur cause par la Parole de Dieu. Ces derniers savaient que cette arme ne les servirait guère; l’emprisonnement, la torture et le bûcher leur étaient plus familiers. Maintenant, les rôles étaient renversés, et ils se voyaient sur le point de tomber dans la fosse qu’ils avaient creusée à l’intention de Berquin. Ils se demandaient avec inquiétude comment ils sortiraient de cette impasse.

À ce moment, on trouva, à l’angle d’une rue, une image mutilée de la Vierge. L’émotion fut grande dans la ville. Des foules accoururent sur les lieux, jetant des cris de douleur et d’indignation. Le roi fut profondément affecté, et les moines ne manquèrent pas de tirer parti de cet incident. « Ce sont là les fruits des doctrines du chevalier, s’écrièrent-ils; tout est sur le point de s’écrouler par cette conspiration luthérienne : la religion, les lois, le trône lui-même. »

Louis de Berquin fut de nouveau arrêté. François Ier ayant quitté Paris pour Blois, les moines purent agir à leur guise. Le réformateur fut jugé et condamné à mort. Dans la crainte que le roi n’intervînt une fois encore, la sentence fut exécutée le jour même où elle fut prononcée. À midi sonné, il fut conduit au lieu de l’exécution. Une foule immense se réunit pour assister à sa mort. Plusieurs constatèrent avec épouvante que la victime avait été choisie parmi les hommes les plus nobles et les plus illustres de France. L’effroi, l’indignation, le mépris et la haine se lisaient sur bien des visages; mais il y avait là un homme sur les traits duquel ne planait aucune ombre. Les pensées du martyr étaient bien éloignées de cette scène de tumulte; il était pénétré du sentiment de la présence de Dieu. Il ne prenait garde ni à la grossière charrette sur laquelle on l’avait hissé, ni aux visages rébarbatifs de ses tortionnaires, ni à la mort douloureuse vers laquelle il marchait. Celui qui était mort, et qui vit aux siècles des siècles, qui tient les clés de la mort et du séjour des morts était à ses côtés. Le visage du prisonnier rayonnait de la lumière et de la paix du ciel. Revêtu de son plus beau costume -- une robe de velours, des vêtements de satin et damas et des chausses d’or (Merle d’Aubigné, Hist. de la Réformation au temps de Calvin, liv. II, chap. XVI, p. 60.) -- il allait rendre témoignage de sa foi en présence du rois des rois et de l’univers, et rien ne devait démentir sa joie.

Tandis que le cortège avançait lentement dans les rues encombrées, on était frappé du calme, de la paix, voire du joyeux triomphe que révélait toute l’attitude de ce noble. « Vous eussiez dit, raconte Érasme d’après un témoin oculaire, qu’il était dans un temple à méditer sur les choses saintes. »

Arrivé au bûcher, le martyr tenta de parler à la foule, mais les moines, qui redoutaient son éloquence, couvrirent sa voix en poussant des cris, tandis que les soldats faisaient entendre le cliquetis de leurs armes. » Ainsi la Sorbonne de 1529, la plus haute autorité littéraire et ecclésiastique de France, avait donné à la commune de Paris de 1793 le lâche exemple d’étouffer sur l’échafaud les paroles sacrées des mourants. » (G. de Félice, ouv. cité, p. 34.)

Louis de Berquin fut étranglé et son corps livré aux flammes. La nouvelle de sa mort eut un contrecoup douloureux chez les amis de la Réforme dans toute la France. Mais son exemple ne fut pas perdu. « Nous voulons, se disaient l’un à l’autre les hommes et les femmes de la Réforme, nous voulons aller au-devant de la mort d’un bon coeur, n’ayant en vue que la vie qui vient après elle. »

Privés du droit de prêcher à Meaux, les réformateurs se rendirent dans d’autres champs de travail. Lefèvre ne tarda pas à passer en Allemagne. Farel, rentré en Dauphiné, porta la Parole de vie à Gap et dans les environs, où il avait passé son enfance. On y avait déjà appris ce qui se passait à Meaux, et les vérités que le réformateur annonçait avec une grande hardiesse trouvèrent des auditeurs. Mais, bientôt, les autorités s’émurent et le bannirent de la ville. Ne pouvant plus travailler publiquement, il parcourait les plaines et les villages, enseignant dans les maisons particulières. « Et s’il y courait quelque danger, ces forêts, ces grottes, ces rochers escarpés qu’il avait si souvent parcourus dans sa jeunesse... lui offraient un asile. » Dieu le préparait en vue de plus grandes épreuves. Les « croix, les persécutions, les machinations de Satan que l’on m’annonçait ne m’ont pas manqué, dit-il; elles sont même beaucoup plus fortes que de moi-même je n’eusse pu les supporter; mais Dieu est mon Père, il m’a fourni et me fournira toujours les forces don’t j’ai besoin ».

Comme aux jours apostoliques, la persécution avait « plutôt contribué aux progrès de l’Évangile ». (
Philippiens 1.12 ) Chassés de Paris et de Meaux, « ceux qui avaient été dispersés allaient de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la parole ». ( Actes 8.4 ) C’est ainsi que la lumière fut portée dans les provinces les plus reculées de France.

Mais Dieu préparait d’autres ouvriers pour Sa cause. Dans une des écoles de Paris, un jeune homme calme et réfléchi, doué d’un esprit pénétrant, se faisait remarquer par la pureté de ses moeurs, par son ardeur à l’étude et par sa piété. C’était Jean Calvin. Ses talents et son application ne tardèrent pas à faire de lui l’honneur du collège de la Marche, et ses supérieurs se flattaient de l’espoir qu’il deviendrait l’un des plus distingués défenseurs de l’Église. Mais un rayon de lumière illumina la profondeur des ténèbres répandues par la scolastique et la superstition dans l’esprit du jeune homme. Il avait entendu, non sans effroi, parler de la nouvelle doctrine et ne doutait pas que les hérétiques n’eussent largement mérité le bûcher sur lequel on les faisait monter. Sans le vouloir, il fut mis face à face avec l’hérésie et se vit contraint de confronter la théologie romaine avec l’enseignement protestant.

Calvin avait à Paris un cousin -- connu sous le nom d’Olivétan -- qui avait accepté la Réforme. Les deux jeunes gens se rencontraient souvent pour discuter ensemble des questions qui divisaient la chrétienté. « Il y a beaucoup de religions fausses, disait Olivétan; une seule est vraie. Les fausses, ce sont celles que les hommes ont inventées et selon lesquelles nos propres oeuvres nous sauvent; la vraie, c’est celle qui vient de Dieu, selon laquelle le salut est donné gratuitement d’en haut... -- Je ne veux pas de vos doctrines, répondait Calvin; leur nouveauté m’offense; je ne puis vous écouter. Vous imaginez-vous que j’aie vécu toute ma vie dans l’erreur?... » (Merle d’Aubigné, Hist. de la Réformation au temps de Calvin, liv. I, p. 565, 566.)

Cependant, dans l’esprit du jeune étudiant, une semence avait été jetée dont il ne pouvait se débarrasser. Seul dans sa chambre, il réfléchissait aux paroles de son cousin. Bientôt convaincu de péché, il se vit sans intercesseur en présence d’un Dieu saint et juste. La médiation des saints, ses bonnes oeuvres et les cérémonies de l’Église étant incapables d’expier ses péchés, il ne voyait devant lui que ténèbres et désespoir. En vain des docteurs de l’Église s’efforcèrent-ils de le rassurer. En vain eut-il recours à la confession et à la pénitence; rien ne parvenait à le réconcilier avec Dieu.

En proie à ces luttes stériles, Calvin, passant un jour sur une place publique, eut l’occasion d’assister au supplice d’un hérétique condamné au bûcher et fut frappé de l’expression de paix que respirait le visage du martyr. Au milieu de ses souffrances et, ce qui était pire, sous la redoutable excommunication de l’Église, le condamné manifestait une foi et une sérénité que le jeune homme mettait péniblement en contraste avec son désespoir, avec les ténèbres où il tâtonnait, lui, le strict observateur des ordonnances de l’Église. Sachant que les hérétiques fondaient leur foi sur les saintes Écritures, il prit la résolution de les étudier pour y découvrir, si possible, le secret de leur joie.

Il y trouva Jésus-Christ. « O Père! s’écria-t-il, son sacrifice a apaisé ta colère; son sang a nettoyé mes souillures; sa croix a porté ma malédiction; sa mort a satisfait pour moi.... Nous nous étions forgé plusieurs inutiles sottises...; mais tu as mis devant moi ta Parole comme un flambeau, et tu as touché mon coeur afin que j’eusse en abomination tout autre mérite que celui de Jésus. » (Id., p. 575.)

Calvin avait été destiné à la prêtrise. À l’âge de douze ans, nommé chapelain de la petite église de la Gésine, il avait été tonsuré selon les canons de l’Église par l’évêque de Noyon. Il n’avait pas reçu les ordres, ni rempli de fonctions sacerdotales, mais il était entré dans le clergé et portait le titre de sa charge, dont il recevait les bénéfices.

Voyant qu’il ne pouvait plus devenir prêtre, il se tourna vers l’étude du droit, dessein qu’il abandonna bientôt pour se consacrer entièrement à l’Évangile. Il hésitait toutefois à devenir prédicateur. Naturellement timide, il avait une haute idée des responsabilités de cette vocation et songeait à poursuivre ses études. L’insistance de ses amis finit cependant par vaincre ses scrupules. « C’est une chose merveilleuse, disait-il, qu’un être de si basse extraction puisse être élevé à une telle dignité. »

Prudemment, il s’était mis à l’oeuvre et ses paroles étaient semblables à la rosée qui rafraîchit la terre. Obligé de quitter Paris, il avait cherché un refuge à Angoulême chez la princesse Marguerite de Navarre, amie et protectrice de l’Évangile. Là, Calvin se remit au travail, allant de maison en maison, ouvrant l’Écriture sainte devant les familles assemblées et leur présentant les vérités du salut. Ceux qui entendaient ce jeune homme aimable et modeste en parlaient à d’autres, et bientôt l’évangéliste, quittant la ville, se rendit dans les villages et les hameaux. Accueilli dans les châteaux comme dans les chaumières, il jeta ainsi les fondements de plusieurs églises qui devaient rendre un courageux témoignage à la vérité.

Quelques mois plus tard, il se retrouvait à Paris, où une agitation insolite régnait dans les milieux intellectuels. L’étude des langues anciennes avait attiré l’attention sur les saintes Lettres, et maints savants dont le coeur n’était pas touché par la grâce discutaient vivement la vérité et, parfois même, combattaient les champions du romanisme. Bien que passé maître dans les controverses théologiques, Calvin avait une mission plus élevée que celle de ces bruyants dialecticiens. Mais les esprits étaient agités et le moment était propice pour leur présenter la vérité. Pendant que les salles des universités retentissaient de la clameur des disputes théologiques, Calvin allait de maison en maison expliquant les Écritures et ne parlant que de Jésus et de Jésus crucifié.

Par la grâce de Dieu, Paris devait recevoir une nouvelle invitation au festin évangélique. L’appel de Lefèvre et de Farel ayant été rejeté, le message devait encore être présenté dans la capitale à toutes les classes de la société. Sous l’influence de préoccupations politiques, le roi n’avait pas encore pris tout à fait position avec Rome contre la Réforme. Sa soeur Marguerite, nourrissant toujours l’espoir de voir le protestantisme triompher en France, voulut que la foi réformée fût annoncée à Paris. En l’absence du roi, elle ordonna à un ministre protestant, Gérard Roussel, de prêcher dans les églises de la capitale. Le haut clergé s’y étant opposé, la princesse ouvrit les portes du Louvre, y fit transformer un appartement en chapelle et annonça qu’il y aurait prédication chaque jour à une heure déterminée. Des foules accoururent. La chapelle était bondée de gens de tous rangs et l’auditoire refluait dans les antichambres et les vestibules. Nobles, diplomates, avocats, marchands et artisans s’y réunissaient chaque jour par milliers. Loin d’interdire ces assemblées, le roi ordonna que deux des églises de Paris leur fussent ouvertes. Jamais encore la ville n’avait été aussi remuée par la Parole de Dieu : L’Esprit de vie venu d’en haut semblait passer sur le peuple. La tempérance, la chasteté, l’ordre et l’industrie succédaient à l’ivrognerie, au libertinage, aux querelles et à l’indolence.

Mais la hiérarchie ne restait pas inactive. Le roi refusant encore d’interdire les prédications, elle se tourna vers la populace. Rien ne fut négligé pour exciter les craintes, les préjugés et le fanatisme des foules ignorantes et superstitieuses. Aveuglément soumis à ses faux docteurs, Paris, comme autrefois Jérusalem, « ne connut pas; le temps où [il] était visité, ni les choses qui appartenaient à sa paix ». Deux années durant, la Parole de Dieu fut prêchée dans la capitale. Beaucoup de personnes acceptèrent l’Évangile, mais la majorité le rejeta. François Ier ne s’était montré tolérant que dans des vues politiques et le clergé réussit à reprendre son ascendant. De nouveau, les églises se fermèrent et les bûchers s’allumèrent./
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